Dans les temps de révolutions, la lie des nations s'agite et domine un instant les hommes de bien.
Nous devons rendre justice à tous, même aux implacables ennemis de notre patrie.
Il n'y a d'irréconciliable que le crime et la vertu.
Il n'y a point de crimes en révolutions.
On ne gouverne pas les passions, et surtout celle de la liberté.
Il est une vérité qu'il faut répéter toujours : la passion n'est jamais ni sage ni éclairée, mais c'est la passion seule qui peut sauver les peuples dans les grandes extrémités.
Aucun parti, même celui qui prend l'humanité pour devise, n'est sage dans sa vengeance.
La parole touche beaucoup lorsqu'on est prêt à en venir aux mains, et on se prête volontiers à un arrangement qui dispense de s'égorger.
On pardonne volontiers à un ordre de choses dans lequel on a trouvé place.
L'augmentation du numéraire en circulation fait augmenter proportionnellement le prix de tous les objets.
Il n'y a que l'élite d'une nation qui soit sensible à la gloire, à la liberté, aux idées nobles et généreuses, et qui consente à leur faire des sacrifices.
Tout mouvement d'énergie honore, et perd un peu plus tôt un parti qui lutte contre un mouvement supérieur.
Ce sont toujours les moments de la misère publique que les partis choisissent pour en venir aux mains, et pour faire triompher leurs désirs.
Dans tout État dont les institutions sont représentatives, monarchique ou république, c'est par le choix des ministres que le gouvernement prononce son esprit et sa marche.
Certes la nature ne fait pas tant de monstres pour un jour, et l'esprit de parti égare seul tant d'hommes à la fois ! Triste leçon pour les peuples ! on croit à des dangers, on se persuade qu'il faut les repousser, on le répète, on s'enivre, et tandis que certains hommes proclament avec légèreté qu'il faut frapper, d'autres frappent avec une audace sanguinaire.
Les honnêtes gens n'ont jamais su avoir de l'énergie.
Pour se créer des moyens d'énergie, il faut l'énergie, et tout parti modéré qui veut arrêter un parti violent, est dans un cercle vicieux dont il ne peut jamais sortir.
Un homme de génie aime à faire seul ce qu'il croit être seul capable de bien faire. Le génie n'aime pas à être contrarié dans ses œuvres.
La faiblesse cherche à se donner des espérances plutôt qu'à s'assurer le succès, et elle ne parvient de cette manière qu'à se perdre, en inspirant des soupçons qui irritent autant les partis que la réalité même, car il vaut mieux les frapper que les menacer.
Les gouvernements dominés par les factions n'ont point besoin de donner les ordres dont ils souhaitent l'exécution ; ils n'ont qu'à laisser agir la faction dont ils partagent les vœux.
Le regret veut tout recouvrer, l'ambition veut tout conquérir.
Il est dans la nature des réactions, non seulement de chercher à réparer le mal accompli, mais encore de vouloir des vengeances.
Hélas ! pourquoi faut-il que dans ces temps de discordes la raison ne suffisse pas ?
Vaines prévoyances du génie qui veut éterniser toutes choses, dans un monde mobile et changeant !
La révolution doit tout hâter pour ses besoins. La révolution est à l'esprit humain ce que le soleil d'Afrique est à la végétation.
Un peuple vraiment disposé à s'insurger, éclate, va chercher des chefs, les supplie, les force de se mettre à sa tête, mais n'attend pas qu'on l'organise.
L'existence est une lutte de tous les jours, un combat permanent.
L'or et l'argent vont, comme toutes les marchandises, là où la demande les attire ; seulement leur prix est plus élevé, et se maintient jusqu'à ce que la quantité soit suffisante, et que le besoin soit satisfait.
Quand le pouvoir a su s'assurer une soumission générale, il n'a qu'à laisser faire les âmes basses, elles viennent achever elles-mêmes l'œuvre de sa domination, et y ajouter un culte et des honneurs divins.
Une imagination vive, un cœur sensible, promettent une vie bien orageuse à ceux qui en sont doués.
Quand des idées qui ont préoccupé les esprits touchent à leur fin, elles restent dans quelques têtes, et s'y changent en manie et en imbécillité.
L'homme peu cultivé et d'une classe inférieure est toujours sensible aux démonstrations amicales de l'homme, que son costume, son langage, ses manières, placent au-dessus de lui.
Les hommes peu cultivés sont peu généreux, et chez eux la grandeur n'est pas pardonnée, aussitôt qu'elle est tombée.
L'homme le plus implacable est celui qui jadis avait eu peur.
Les hommes les plus éclairés ne sont pas toujours les plus résolus.
Nul n'est plus dangereux, plus cruel que l'homme sans lumières et sans éducation, revêtu d'une autorité récente.
Les hommes ne peuvent pas vivre longtemps ensemble sans éprouver bientôt du penchant ou de la répugnance les uns pour les autres, et sans se grouper conformément à leurs inclinations.
La haine pèse ; il est si doux d'en décharger le poids !
Un gouvernement doit nécessairement réussir. L'obliger à convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger au plus funeste de tous les aveux.
Être plus faible que les factions est un tort immense de la part d'un gouvernement, et justifie sa chute.
Le premier soin d'un gouvernement est de faire le contraire de celui qui l'a précédé, ne serait-ce que pour obéir aux passions qui l'ont fait triompher.
Le principe du gouvernement démocratique, c'est la vertu, et son moyen pendant qu'il s'établit, c'est la terreur.
En ne voulant jamais exposer sa gloire, on la perd quelque fois.
La fidélité et l'indépendance sont deux qualités qui semblent contradictoires, mais qu'on trouve souvent réunies chez les hommes de mer.
L'empressement des femmes est toujours le symptôme le plus sûr de l'engouement public. Ce sont elles qui, par leurs soins actifs, leurs discours, leurs sollicitudes, se chargent d'y ajouter le ridicule.
On n'a rien fait tant qu'il nous reste à faire.
Le sort de la faiblesse est d'être partout dépendante.
Il ne faut pas faire porter au faible désarmé les erreurs du fort.
Il est d'usage de devenir exigeant et susceptible quand on se croit nécessaire.
Dès qu'on s'explique, dès qu'on se justifie, on est dominé par ceux auxquels on s'adresse.
Il ne faut exiger des hommes et des esprits que ce qu'ils peuvent à chaque époque.
Tout gouvernement doit avoir son excès, et ne périt que lorsqu'il a atteint cet excès. Lorsque le signal est donné... chacun agit sans remords, sans répugnance ; on s'habitue à cela, comme le juge à envoyer les coupables au supplice, le médecin à voir des êtres souffrants sous son instrument, le général à ordonner le sacrifice de vingt mille soldats.
Tels sont les êtres vils qui s'acharnent sur les hommes de bien dès que le pouvoir leur en a donné le signal ! Aussitôt que les chefs ont jeté la première pierre, tout ce qui vit dans la fange se soulève, et accable la victime.
On ne va jamais qu'à la suite des étrangers qu'on appelle à son secours.
Tel est le sort des États : s'ils sont forts, ils font eux-mêmes leurs révolutions, mais ils en subissent tous les désastres et se noient dans leur propre sang; s'ils sont faibles, ils voient leurs voisins venir les révolutionner à main armée, et subissent tous les inconvénients de la présence des armées étrangères. Ils ne s'égorgent pas, mais ils payent les soldats qui viennent faire la police chez eux.
Il faut un grand esprit pour calculer ce qu'on doit aux circonstances, sans blesser les principes.
Il faut à l'esprit humain malade le lit plein de songes de la superstition : et à voir les fêtes, les processions qu'on institue, les autels et les saints sépulcres qui s'élèvent, il me semble qu'on ne fait que changer le lit du malade, seulement on lui retire l'oreiller de l'espérance d'une autre vie.
L'esprit de l'homme n'est pas fait de telle sorte qu'il cherche ainsi à tout simplifier par la franchise. Le parti vainqueur veut convaincre, et il ment ; un reste d'espoir engage l'esprit vaincu à se défendre, et il ment ; et on voit dans les discordes civiles, ces honteux procès, où le plus fort écoute pour ne pas croire, où le plus faible parle pour ne pas persuader, et demande la vie sans l'obtenir. C'est après l'arrêt prononcé, c'est après que tout espoir est perdu, que la dignité humaine se retrouve, et c'est à la vue du fer qu'on la voit reparaître toute entière.
L'esprit humain passe incessamment d'un objet à l'autre.
On ne refait pas l'enthousiasme.