Albert Guinon débuta en 1885 par une comédie en deux actes : J'épouse ma femme. Il publia également dans plusieurs journaux des nouvelles qui furent réunies sous le titre La rupture de Jean. Une comédie de caractère, les Jobards, suivit en 1891 au Vaudeville, puis Albert Guinon écrivit Seul (1892) et Le partage (1896), où l'auteur analysait les souffrances, pour les amants, du partage dans l'adultère.
En 1902, Albert Guinon fit représenter sur le même théâtre une nouvelle étude de caractère Le Joug ; enfin sa pièce La décadence, satire sociale et drame passionnel, qui mettait aux prises l'aristocratie déchue et les juifs enrichis, et qui avait été interdite par le gouvernement en 1901, la représentation fut donnée trois ans plus tard au Vaudeville.
Par decret du 17 janvier 1908 Guinon est nommé Chevalier de la Légion d'honneur.
Parmi les gens qui revendiquent à tout propos la liberté de penser, beaucoup n'oublient qu'un point : penser.
Les étrangers, qui croient volontiers à l'indiscipline du soldat français, font une erreur grossière. Notre soldat est aussi discipliné que les leurs, mais il est discipliné en comprenant.
Les Français sont les hommes qui apportent le plus de prévoyance dans leurs affaires privées et le moins dans leurs affaires publiques.
Il est une pitié coulante et sans réaction qui, en dépit des apparences, n'est qu'un aspect de la bestialité.
Le gouvernement démocratique, c'est l'autorité qui obéit.
Les démocraties s'enorgueillissent d'être fondées sur la valeur personnelle : malheureusement, chacun y est maître de fixer la valeur qu'il a.
Au cours d'une guerre celui qui se montre un continuel pessimiste de détail, tout en se déclarant optimiste d'ensemble, rappelle ce commerçant falot qui, perdant sur chaque objet vendu, prétendait gagner sur le total.
Puisque l'ingratitude est si fréquente chez les individus, il est sans excuse d'être surpris quand on la rencontre chez les peuples.
Les pacifistes français qui essaient de justifier leurs théories en déclarant que la France fut toujours l'apôtre du droit contre la force se trompent lourdement. La France, en effet, a souvent défendu le droit, mais les armes à la main. Et il est permis de se demander si, à ces heures-là, le sentiment qui dominait en elle n'était pas précisément l'allégresse de la bataille.
Les Présidents de la République ne doivent pas être — comme ils le disent tous avec une humilité commode — les serviteurs de la Constitution : ils doivent en être les interprètes.
Plus les hommes avancent dans la civilisation, plus ils sont capables de comprendre et d'admettre les injustices salutaires. L'aveugle besoin de justice est essentiellement le fait de l'enfant.
Dans certains cas, un peuple a le droit d'être neutre — comme un homme a le droit d'être bas.
Les gens très braves perdent facilement leur assurance quand il n'y a pas de danger.
Certains politiciens, qui espèrent faire oublier leurs méfaits à la faveur d'un grand événement national, sont pareils à ces malandrins qui profitent d'un incendie pour se livrer au pillage.
Parmi les heureux effets de la guerre, saluons celui-ci : elle restitue à beaucoup de gens l'usage de la volonté.
En politique internationale, avec ceux qui jouent au plus fin, il faut jouer au plus fort.
Certains effets de l'énergie ont la beauté d'une œuvre d'art.
Pour qui représente le Droit, quelle supériorité dans le but ! — et quelle infériorité dans les moyens !
En diplomatie, les nations dites libérales ont cette vieille manie ingénue d'employer avec leurs adversaires les mêmes procédés qu'avec leurs amis.
L'honnêteté est de tous les pays, mais l'indélicatesse prend parfois des formes nationales.
Entre le pays qu'ils représentent et le pays où ils sont accrédités, certains diplomates ne sont guère qu'un téléphone qui fonctionne mal.
Qu'il s'agisse des peuples ou des individus, les faibles expliquent leur volte-face, et les forts les imposent.
Le fait qu'un peuple opprimé devienne quelquefois pire que le peuple oppresseur est, contre ce dernier, une note d'infamie de plus.
Certains gouvernants excellent à échapper aux dangers parlementaires, mais c'est par l'escalier de service.
Si le haut pessimiste moral est si souvent un solide optimiste pratique, c'est que la même faculté de l'esprit lui inspire, dans le premier cas, le mépris des personnes, et, dans le second, le mépris des obstacles.
S'il a plu à quelques bavards de colporter des potins ridicules, laissez-les cancaner à leur aise, ils se lasseront promptement de répéter la même chose !
Il n'y a rien au monde qui m'amuse plus que de gagner de l'argent.
Dans une vie il faut savoir mener sa barque !
Quand l'émoi patriotique vous dilate la poitrine, on croirait enfermer tout son pays dans son cœur.
En cas de guerre, une des pires souffrances c'est de n'être, ni assez jeune pour se battre, ni assez vieux pour se résigner.
Dans une grande crise nationale, on prend l'énergie de tout supporter — même les autres.
Je dis que je crois que je t'aime, parce que, n'est-ce pas, quand on n'a jamais aimé, on n'est pas sûr, on n'est pas certain.
Il faut se garder de confondre le mariage avec l'amour. L'amour est un sentiment frivole ; le mariage, une institution sérieuse.
Laissons aux hypocrites le temps de se calmer en notre absence : leur fausse indignation n'en tombera que plus vite.
La rapidité des moyens de communication a développé l'inexactitude.
Lorsqu'on n'élit pas le plus bête, il semble que ce ne soit plus la démocratie.
On aime sa France à la fois comme une mère et comme une petite femme.
En supprimant la guillotine, on supprime la seule chose qui pouvait contribuer à réhabiliter un assassin : la mort.
Chez beaucoup de gens, la sociabilité n'est que le besoin constant d'un appui.
Le théâtre est un jeu particulier où la première des règles est une continuelle tricherie.
Les grandes coquettes lorsqu'elles sont amoureuses se plaisent à devenir naïves. Elles rappellent ces prestigieux acrobates qui font si subtilement exprès de manquer un tour.
Un peu de bien-être moralise l'homme ; beaucoup de bien-être le démoralise.
Pour un peuple, une civilisation trop rapide est comme un habit somptueux endossé à même la peau.
Les gens qui savent très bien l'histoire ont souvent un grave défaut : ils excellent à transformer leur science du passé en erreurs sur le présent.
La femme vraiment amoureuse d'un homme ne veut plaire aux autres qu'à travers son amour.
L'humour, chez tel comédien, n'est que le raisonnement par l'absurde constamment appliqué au jeu.
Ce qu'il y a de particulier chez les gens très instruits, c'est que même leur façon de ne pas savoir est encore du savoir.
Au lecteur qui juge fausse telle observation d'un auteur de haute classe, il ne manque, pour avoir raison, que de valoir cet auteur.
Être copié, pour un commerçant, c'est un dommage, et pour un auteur, un hommage.
Il y a quelque chose de pire encore qu'une majorité qui opprime, c'est une minorité qui se venge.
Moralement les solitaires demeurent très longtemps jeunes, car l'impression du temps nous vient surtout du contact avec les autres.
Le vrai écrivain est celui qui sait rendre avec force ce qu'il lui a suffi de sentir faiblement.
L'observateur qui a démêlé les petitesses morales de ses amis ne les en aime pas moins, mais eux lui en veulent de se sentir pénétrés.
Les humoristes sont les taquins de l'intelligence.
Il y a une fausse prospérité qui est pour les peuples ce que l'obésité est pour les individus.
Le visage des sourds a l'air d'une horloge qui ne serait jamais à l'heure.
L'aveugle est généralement serein, car la condition même de sa vie est la confiance et le sourd est généralement sombre, parce qu'il demeure juste assez armé pour être défiant.
Une des plus graves erreurs des sceptiques est de croire que l'indifférence est la meilleure condition pour voir juste.
Un des signes les plus sûrs de l'homme vraiment courageux, c'est qu'il prête naturellement du courage à tout le monde.
Il y a beaucoup de façons de gouverner mal ; il n'y en a guère qu'une de gouverner bien.
On aime sa France - la France de l'Histoire - glorieuse et rieuse, auguste et charmante, orageuse et tendre, d'un amour qui est plus que le simple patriotisme.
Par le suffrage universel la plèbe domine les autres classes sans pouvoir se dominer elle-même.
Socialement l'ouvrier doit être aussi loin de l'idole qu'on encense que de l'animal qu'on attelle.
Le point d'honneur n'existe qu'entre gens d'une même catégorie sociale.
L'avarice et le jeu n'inspirent que des pièces de théâtre sans vraie beauté, parce que ce sont des passions solitaires.
Quand on aime, si l'on n'est pas malheureux, ça n'est pas vraiment de l'amour.
L'amour de l'argent, tant décrié chez la femme galante, est cependant le seul lien qui la rattache à la vie régulière.
C'est surtout quand les gens nous sentent très indifférents à leur opinion qu'ils sont enclins à nous être favorables. C'est, pour eux, le seul moyen de s'assurer notre attention.
Quand une femme dit d'un homme « C'est lui le seul qui m'aime », on peut être à peu près sûr que c'est celui-là qu'elle n'aime pas.
On trouve beaucoup de femmes qui sont franches, mais on n'en trouve guère qui soient précises.
L'argent n'est jamais dépensé inutilement puisqu'il va toujours entre les mains de quelqu'un.
De quel cœur on s'armerait contre l'injustice si l'on n'était pas sûr d'avance qu'elle sera remplacée par une injustice équivalente !
Combien de gens gaspillent dans la badauderie tout leur pouvoir de curiosité !
L'obstination dans les vétilles est une des formes de la mauvaise éducation.
Les gens qui cherchent à établir des systèmes politiques ou sociaux sans tenir compte de la psychologie essentielle de l'homme ne sont pas des esprits généreux épris de progrès, mais de véritables malfaiteurs.
Chez certains le principal attrait de la propriété n'est pas de jouir d'une chose qui leur appartient, mais plutôt d'en priver les autres.
Un même homme peut s'exprimer dans beaucoup de langues, il peut même penser dans plusieurs, mais sa vraie langue est celle dans laquelle il rêve.
Les gens qui font constamment de l'ironie, même très spirituelle, sont aussi agaçants que ces chanteurs qui, avec une voix admirable, chantent pendant toute une soirée un demi-ton au-dessous.
Chaque époque dramatique a son romantisme car, à dire vrai, le romantisme, c'est la boursouflure. Notre époque a le romantisme apache.
Toutes les opinions sont respectables, pourvu qu'elles soient sincères.
Le véritable chef n'est pas celui qui châtie, c'est celui qui inspire la crainte du châtiment.
Un homme d'État gouverne avec son caractère bien plus qu'avec ses opinions.
La politique a ses bêtes puantes : il ne suffit pas de les combattre, il faut les débusquer.
En France, parmi les hommes politiques, combien de républicains d'opinion sont devenus des républicains de métier !
Un des effets les plus imprévus de cette guerre aura été d'apprendre aux riches de combien de choses ils peuvent se passer.
Le bon sens doit nous servir à former notre opinion, et la passion, à la formuler.
Tout homme politique, dont les votes en temps de paix ont prouvé l'inaptitude à prévoir et à préparer une guerre, ne devrait pas avoir le droit d'exprimer une opinion, dès que la guerre a éclaté.
La vérité est un fusil chargé qu'il ne faut pas mettre dans toutes les mains.
La première condition pour faire quelque chose de grand, c'est l'idée fixe.
Deux peuples ne s'aiment vraiment que dans la haine contre un troisième.
La meilleure chance qu'on ait encore trouvée de ne pas être battu, c'est de se battre.
À tendre la joue gauche, quand on a reçu un soufflet sur la droite, on est Jésus-Christ ou un pleutre.
La grandeur d'une nation est peut-être faite avant tout de sa continuité dans l'égoïsme.
Avec un pessimiste qui se met en colère, il y a de la ressource : il est encore capable de devenir un optimiste.
L'envieux du temps de paix fait généralement un pessimiste du temps de guerre.
L'expression supérieure de l'idée de patrie ce n'est pas de vivre en commun, c'est de mourir ensemble.
Pendant une guerre, le pessimisme est pour le civil ce que la désertion est pour le soldat.
Un peuple industriel peut mourir ; un peuple agricole est immortel.
Quand les Allemands veulent faire de l'esprit avec les Français, ils sont un peu comme ces sourds qui s'obstinent à vous crier à l'oreille.