Tout l'amour du monde ne s'exprime jamais aussi bien que par l'embrassement.
Comment s'étonner que la soif mène à l'amour ? Aimer, cela commence toujours par boire avec quelqu'un. Peut-être parce qu'aucune sensation n'est si peu décevante. Une gorge sèche se figure l'eau comme l'extase et l'oasis est à l'épreuve de l'attente. Celui qui boit après le désert ne se dit jamais : « C'est surfait. » Offrir une boisson à celle que l'on s'apprête à aimer, c'est suggérer que la délectation sera au moins à la hauteur de l'espérance.
J'aime le quotidien. Sa répétition permet d'approfondir les éblouissements du jour et de la nuit : manger le pain sortant du four, marcher pieds nus sur la terre encore imprégnée de rosée, respirer à pleins poumons, se coucher le long de la femme aimée – comment peut-on vouloir autre chose ?
J'ai toujours aimé être à l'abri tandis que la pluie redouble. C'est une sensation merveilleuse. On l'associe un peu sottement à la sérénité. En vérité, c'est une situation de plaisir. Le bruit de la pluie exige un toit comme caisse de résonance : être sous ce toit, c'est la meilleure place pour apprécier le concert. Partition délicieuse, subtilement changeante, rhapsodique sans esbroufe, toute pluie tient de la bénédiction.
Tout le plaisir des jours est en leurs matinées.
Dans les aéroports, quand je passe à la fouille, je m'énerve, comme tout le monde. Il n'est jamais arrivé que je ne déclenche pas le fameux bip. Du coup, j'ai toujours droit au grand jeu, des mains d'hommes me palpent de la tête aux pieds. Un jour, je n'ai pas pu m'empêcher de leur dire : « Vous croyez vraiment que je veux faire exploser l'avion ? » Mauvaise idée : ils m'ont forcé à me déshabiller. Ces gens n'ont pas d'humour !
Se sentir bien est une ambition absurdement exagérée quand se sentir est déjà si rare.
On ne peut être qualifié de ponctuel lorsque l'on arrive trop tôt. J'appartiens à cette espèce : j'ai si peur du retard que j'ai immanquablement une avance considérable.
L'amour ne tire de l'âme rien d'autre que les bien nommées fulgurances : des courts-circuits de quelques secondes. L'ivresse, elle, n'est intéressante que pendant une dizaine de minutes. Le temps restant n'est qu'ineptes soûlographies.
L'esprit humain souffre d'une carence intellectuelle fondamentale : pour qu'il comprenne la valeur d'une chose, il faut le priver de cette chose.
Quand une femme se plaint des assiduités d'un homme, c'est pour se mettre en valeur.
On ne décide pas de tomber amoureux d'un être humain, on tombe amoureux d'un être humain.
Pour apprécier de son vivant une réputation posthume, rien de tel que de l'anticiper par écrit.
Le plus souvent, les laides et les laids se marient entre eux : c'est comme s'ils multipliaient leur laideur par deux.
La femme laide est poignante et drôle ; l'homme laid est sinistre et grisâtre.
Un écrivain qui hait les métaphores, c'est aussi absurde qu'un banquier qui haïrait l'argent.
Pour l'homme, c'est la carrière dont tout dépend ; pour la femme, ce sont les enfants.
Quand on voit ce que certaines personnes appellent amour, on a envie de vomir.
C'est une maladie fréquente, la pathologie du mensonge.
Faire l'amour avec celle qu'on aime, c'est le sommet du bonheur terrestre.
Rien de tel que d'être profondément indésirable pour savoir à quel point les gens se fichent de vous.
J'ai eu beaucoup d'ennuis avec les hommes, et quand je n'avais pas des ennuis avec eux, j'avais l'ennui, ce qui n'est pas mieux !
Le but de la magie, c'est d'amener l'autre à douter du réel.
Il y a une jouissance que rien n'égale : l'illusion d'avoir du sens.
S'il y a bien un mal qu'il vaut mieux prévenir que guérir, c'est l'obésité.
Contre le toucher, il y a la loi : vous pouvez appeler la police si l'on vous touche contre votre gré.
Toucher le fond est moins effrayant que rester à la surface de l'abject.
Il suffit d'avoir fait une chose une seule fois, mais en profondeur, pour ne cesser de la refaire tout au long de sa vie.
Parler est un acte aussi créateur que destructeur.
Ne dites pas trop de mal de vous-même : on vous croirait.