Le respect du commandement fait seul la dignité de l'obéissance.
Si vous voulez jouer un bon tour au sot ou au malappris qui vous interrompt, votre vengeance est bien facile : il suffit de vous taire vous-même et de l'abandonner à sa propre incapacité. C'est un ruisseau qui fuit silencieusement ; il ne fera de bruit que si vous mettez un caillou en travers, ou si vous creusez un petit trou dans lequel l'eau tombe en passant, pour en rejaillir et reprendre sa course.
L'amoindrissement de la politesse française, la négligence des éducations, le laisser-aller des habitudes nous met tous les jours en contact avec des tempéraments irritables, des orgueils révoltés à la moindre contradiction, des surexcitations qui ne peuvent rien supporter ni rien entendre. Le dialogue devient alors singulièrement malaisé !
Il y a des reproches muets qui ont leur éloquence et leur terreur : le plus intrépide n'ose pas toujours prendre sur lui de les affronter.
J'aime mieux affronter tous les orages de mon couple que me retirer en moi-même et renoncer à toute communication.
Il faut parfois pardonner à la vanité de la faiblesse humaine la rigueur de ses jugements et la cruauté de sa conduite.
La division des pouvoirs fait la tranquillité des familles comme la sécurité des nations.
Il ne faut jamais demander au cœur humain ce qu'il lui est impossible de donner. Je comprends qu'on s'abstienne de nuire aux traîtres, qu'au besoin même on aille, par un excès de pardon, jusqu'à leur être utile dans quelque circonstance donnée ; mais cette entreprise héroïque ne changera pas le fond de notre cœur ; elle ne transformera jamais en sympathie, la répulsion légitime qui nous éloigne d'eux.
J'encourage le bien en même temps que je le récompense, mais malheur à qui me nuit ! S'il quelqu'un lève contre moi seulement un de ses doigts, j'appesantirai sur sa tête mes deux mains en même temps, et, si je puis, je l'écraserai d'un seul coup contre la terre. C'est ainsi que les méchants apprendront à trembler et à se taire.
Le pardon des injures est une fort belle chose d'homme à homme et tant que la blessure du cœur y est seule intéressée. Mais quand une trahison éclate, lorsqu'elle fait scandale, lorsqu'on est notoirement pris pour dupe, quand votre honneur souffre autant que votre intérêt, il serait trop commode aux traîtres de compter sur l'impunité, sous prétexte de pardon et de miséricorde.
On est heureux dans le mariage en proportion des vertus qu'on y apporte et des devoirs qu'on y pratique.
L'amour maternel est le seul véritable, tout autre amour n'en est, en ce monde, que la pâle et incomplète image. L'amour maternel nous permet l'égoïsme dans le dévouement. Notre enfant, c'est bien nous-mêmes ; il vit en nous et nous en lui. Ce petit être absorbe toute notre vie dès son premier jour. Que nous importe maintenant notre destinée sinon dans la mesure où elle peut servir les intérêts de sa destinée ?
La faiblesse multiplie les fautes par l'imprudence du pardon.
La raison qui suffit à la théorie se trouve presque toujours en défaut dans la pratique.
Nous n'avons point à mesurer nos devoirs, mais à les pratiquer.
Toute carrière suppose une aptitude spéciale dans celui qui l'embrasse : tantôt un esprit plus prompt ou une parole plus souple, tantôt un jugement plus solide et plus ferme ou une imagination plus vive, la pénétration des détails ou bien les vues d'ensemble, ici la mémoire qui rappelle, là l'imagination qui enfante les idées.
On ne saurait jamais donner trop d'explications, là où la délicatesse est intéressée.
Une erreur n'est pas moins solidement réfutée par le sentiment de notre délicatesse que par les résistances de notre esprit.
Un esprit qui se contente d'une expression insuffisante par pure défaillance et par paresse ne tardera pas à vouloir justifier par amour-propre ce qu'il avait d'abord accepté par langueur.
Tandis que le travail porte en lui-même la préservation comme une récompense, le plaisir donne en quelque sorte la main à la corruption comme à un châtiment.
Ce qui rend la naïveté si gracieuse, c'est qu'elle n'est pas faite pour durer.
L'art de finir n'est ni moins rare, ni moins essentiel que l'art de commencer.
L'Économie politique, c'est la science de la richesse, telle qu'elle se produit, se distribue et s'emploie au sein des nations. Elle naît du travail, circule par l'échange et se consomme par l'usage.
Il faut que dans notre pays le travail abonde, que le pain soit à bon marché, que le commerce marche. Si demain nos paysans cessaient de labourer, nos métiers de battre, nos fabriques de produire, nous manquerions de tout. Du jour au lendemain, nous deviendrions semblables au mendiant, obligé, pour vivre, de tendre la main à autrui.
Il faut faire l'aumône aux mendiants même si la mendicité est interdite.
Je ne puis m'empêcher de sourire lorsque je vois la médisance afficher la prétention de ne point outre-passer les limites du vrai, de ne rien dire d'exact, de pouvoir au besoin administrer la preuve de que ce qu'elle avance : La médisance y met trop de verve et trop d'entrain.
Les hommes ne sont point parfaits, rien de plus visible et de plus certain. Il reste donc que quelqu'un veille aux devoirs sociaux ; ce quelqu'un, c'est le gouvernement : il est le représentant et le fondé de pouvoirs universel. Il ne faut pas se le représenter simplement comme un employé subalterne, réduit à suivre sans réflexion les ordres qu'on lui transmet, tenu de les recevoir sans observation et de les exécuter sans commentaire. Le gouvernement sait qu'il a lui-même des devoirs, il représente dans la société l'ordre, et pour le maintenir il use de l’autorité.
Il n'y a rien de tel que les événements pour vous ouvrir les yeux.
La misère nous envenime et la souffrance nous exaspère.
Les hommes finissent toujours par payer cher leurs indécisions.
Les hommes sont tenus de respecter et de ne porter atteinte à la liberté d'autrui.
L'indécision est quelque chose qui flatte singulièrement la paresse humaine.
Une carrière faite pour répondre à nos facultés, capable, en les développant, de les satisfaire, est la plus solide garantie du succès pour la destinée et du bonheur pour l'individu.
Travaille, occupe-toi, remue ta volonté et ton intelligence ; cesse de te complaire dans des souffrances dont ton imagination entretient seule la réalité, et tu t'étonneras toi-même de te trouver avant peu si libre et si raffermi.
La plus grande sagesse est de savoir se contenter des à peu près, et de ne point gâter une situation par le vain désir de la pousser jusqu'à l'idéal.
La gloire a des douceurs à nulles autres pareilles.
Un homme réduit à s'expliquer sur des choses délicates, même avec ses plus chers amis, même avec ses propres parents, aime mieux, d'ordinaire, écrire que parler. Le papier se résigne à tout ce qu'on veut lui dire : il ne vous répond rien et ne vous embarrasse pas, comme une personne qui vous écoute, par un regard ou par une larme.
La familiarité n'est, comme chacun le sait, qu'une contrefaçon grossière de l'aisance.
Il y a des caractères heureux et faciles qui ont l'admirable don de continuer l'enfance.
On ne peut se tirer du monde que par l'excès de la ruse ou du naturel.
Il faut être assez innocent pour rester naïf ou assez habile pour le paraître.
Pour la plupart des femmes, l'inclination et la tendresse du cour s'accordent avec la religion et le devoir pour l'entrainer au bien ; elles le font d'une main douce et prévenante.
Une pauvre enfant, orpheline de père et de mère, est destinée à une vie de souffrance.
Au milieu de l'enivrement des fêtes il faut se souvenir de ceux qui souffrent.
Il faut apporter au devoir la même ardeur qu'au plaisir.
L'amour de la Vérité est une maladie de l'âme comme l'amour de la Beauté et de la Justice.
Il faut beaucoup de courage pour avouer qu'on n'a pas compris une explication.
Le véritable amoureux de l'argent n'est point l'homme de luxe qui s'en fait honneur jusqu'à la prodigalité, ou même l'homme de plaisir qui en épuise les jouissances. Le véritable amoureux de l'argent c'est l'avare qui n'en fait aucun emploi, et dont l'unique bonheur est dans le sentiment de la possession.
La modestie n'est pas le fait du genre humain.
Pour manger il faut avoir quelque chose à se mettre sous la dent.
L'aisance est la fille du travail et de l'épargne.
Les grands sacrifices sont apparents et orgueilleux ; les petits sacrifices sont intérieurs et doux.
Il est bien peu d'âmes assez droites et assez fermes pour supporter le mépris d'elles-mêmes.
L'autorité, c'est le pouvoir pratiqué par devoir au profit de celui qui obéit.
La plupart des hommes ajoutent encore à leur ignorance des faits les préjugés de leur fantaisie.
Beaucoup de gens suppléent à la critique par l'indifférence et par l'ennui.
Le mépris des règles de l'art n'est que l'espoir d'en vaincre plus aisément les difficultés.
Les âmes qui connaissent leur valeur se passent aisément du suffrage d'autrui.
C'est le propre des opinions peu éclairées, et par conséquent peu solides, de ne point souffrir aisément qu'on les combatte.
La nature humaine, avec ses instincts secrets d'envie et de rigueur, se laisse entraîner plus aisément à imiter la sévérité que l'indulgence.
Il y a toujours moyen de respecter ses adversaires ; et quand il semble qu'il n'y ait plus moyen de les respecter, il reste encore la ressource de les plaindre.