Dans la vie des peuples l'histoire ne nous montre que guerres et séditions : les années de paix ne semblent que de courtes pauses, des entr'actes, une fois par hasard. Et de même la vie de l'homme est un combat perpétuel, non pas seulement contre des maux abstraits, la misère ou l'ennui ; mais contre les autres hommes. Partout on trouve un adversaire : la vie est une guerre sans trêve, et l'on meurt les armes à la main.
L'homme qui ne connait pas la pitié vit en dehors de l'humanité.
Les souhaits toujours déçus, les vains efforts, les espérances que le sort foule impitoyablement aux pieds, les funestes erreurs de la vie entière, avec les souffrances qui s'accumulent et la mort au dernier acte, voilà la vie de la plupart des hommes.
Travail, tourment, peine et misère, tel est durant la vie entière le lot de presque tous les hommes. Il faut à chacun une certaine quantité de soucis, ou de douleurs, ou de misère, comme il faut du lest au navire pour tenir d'aplomb et marcher droit.
La rapidité du temps nous presse et ne nous laisse pas prendre haleine, il se tient derrière chacun de nous comme un garde-chiourme avec le fouet.
Semblables aux agneaux qui jouent dans la prairie, pendant que, du regard, le boucher fait son choix au milieu du troupeau, nous ne savons pas, dans nos jours heureux, quel désastre le destin nous prépare précisément à cette heure : Maladie, persécution, ruine, mutilation, cécité, folie, etc. ?
La vue de tout animal me réjouit aussitôt et m'épanouit le cœur ; surtout la vue des chiens et des chats, et puis de tous les animaux en liberté, des oiseaux, des insectes, etc.
L'homme vain devrait savoir que la haute opinion des autres, objet de ses efforts, s'obtient beaucoup plus aisément par un silence continu que par la parole, quand même on aurait les plus belles choses à dire.
La différence entre la vanité et l'orgueil, c'est que l'orgueil est une conviction bien arrêtée de notre supériorité en toutes choses ; la vanité au contraire est le désir d'éveiller chez les autres cette persuasion avec une secrète espérance de se laisser à la longue convaincre soi-même.
S'il n'y avait pas de chiens, je n'aimerais pas à vivre.
Le chien, un des amis de l'homme, a un privilège sur tous les autres animaux, un trait qui le caractérise, c'est ce mouvement de queue si bienveillant, si expressif et si profondément honnête.
Être économe de la politesse, c'est un manque d'esprit et un manque de savoir-vivre.
L'homme est au fond une bête sauvage, une bête féroce. Nous ne le connaissons que dompté, apprivoisé en cet état qui s'appelle civilisation : aussi reculons-nous d'effroi devant les explosions accidentelles de sa nature. Que les verrous et les chaînes de l'ordre légal tombent n'importe comment, que l'anarchie éclate, c'est alors qu'on voit ce qu'est l'homme.
Non content des soucis, des afflictions et des embarras que lui impose le monde réel, l'esprit humain se crée encore un monde imaginaire sous forme de mille superstitions diverses. Celles-ci l'occupent, il y consacre le meilleur de son temps et de ses forces, dès que le monde réel lui accorde un repos qu'il n'est pas capable de goûter.
La prétendue absence de droits des animaux, le préjugé que notre conduite envers eux n'a pas d'importance morale, qu'il n'y a pas comme on dit de devoirs envers les bêtes, c'est là justement une grossièreté révoltante, une barbarie sans nom. Prenez soin de vos animaux.
Une pitié sans bornes pour tous les êtres vivants, c'est le gage le plus ferme et le plus sûr de la conduite morale, et cela n'exige aucune casuistique. On peut être assuré que celui qui en est rempli ne blessera personne, n'empiétera sur les droits de personne, ne fera de mal à personne.
Si l'on a considéré la perversité humaine et que l'on soit prêt à s'en indigner, il faut aussitôt jeter ses regards sur la détresse de l'existence humaine, et réciproquement si la misère vous effraie, considérez la perversité : alors on trouvera que l'une et l'autre se font équilibre, et l'on reconnaitra la justice éternelle ; on verra que le monde lui-même est le jugement du monde.
La seule pitié est le principe réel de toute libre justice et de toute vraie charité.
Sans principes fermes, les instincts antimoraux, une fois mis en mouvement par les impressions du dehors, nous domineraient impérieusement. Tenir ferme à ses principes, les suivre en dépit des motifs opposés qui nous sollicitent, c'est ce que l'on appelle se posséder soi-même.
Pour peindre d'un trait l'énormité de l'égoïsme dans une hyperbole saisissante, je me suis arrêté à celle-ci : « Bien des gens seraient capables de tuer un homme pour prendre la graisse du mort, et en frotter leurs bottes. » Je n'ai qu'un scrupule, est-ce bien là une hyperbole ?
L'amour ne se contente pas d'un sentiment réciproque, il exige la possession même, l'essentiel, c'est- à-dire la jouissance physique. La certitude d'être aimé ne saurait consoler de la privation de celle qu'on aime ; et en pareil cas, plus d'un amant s'est brûlé la cervelle.
Tout pour moi, rien pour les autres, c'est la devise de l'égoïste.
La pitié, seul fondement de la morale, nait du sentiment de l'identité de tous les hommes et de tous les êtres, et doit s'étendre aux animaux.
L'ascétisme s'élève jusqu'au renoncement volontaire, jusqu'à la chasteté absolue, jusqu'à la négation du vouloir vivre. L'art n'est qu'une délivrance passagère, l'ascétisme, c'est la libération définitive ; il procure la paix durable. Accord entre les ascètes de toutes les religions et de tous les temps.
La méchanceté, qui veut le mal d'autrui, elle va jusqu'à l'extrême cruauté.
La pitié, qui veut le bien d'autrui, elle va jusqu'à la générosité, la grandeur d'âme.
L'égoïste veut autant que possible jouir de tout, posséder tout, mais tout seul.
Nul ne saurait prescrire au poète d'être noble, élevé, moral, pieux et chrétien, d'être ou de n'être pas ceci ou cela, car il est le miroir de l'humanité et lui présente l'image claire et fidèle de ce qu'elle ressent.
Le but de toute haute poésie est la représentation de la nature humaine, la douleur sans nom, les tourments des hommes, le triomphe de la méchanceté, la domination ironique du hasard l'irrémédiable chute du juste et de l'innocent, c'est là un signe remarquable de la constitution du monde et de l'existence.
Lorsque j'entends de la musique, mon imagination joue souvent avec cette pensée que la vie de tous les hommes et ma propre vie ne sont que des songes d'un esprit éternel, bons et mauvais songes, dont chaque mort est un réveil.
Après avoir longtemps médité sur l'essence de la musique, je vous recommande la jouissance de cet art comme la plus exquise de toutes. Il n'en est pas qui agisse plus directement, plus profondément, parce qu'il n'en est pas qui révèle plus directement et plus profondément la véritable nature du monde. Écouter de grandes et belles harmonies, c'est comme un bain de l'esprit : cela purifie de toute souillure, de tout ce qui est mauvais, mesquin ; cela élève l'homme et le met en accord avec les plus nobles pensées dont il soit capable, et alors il sent clairement tout ce qu'il vaut, ou plutôt tout ce qu'il pourrait valoir.
L'art est une délivrance, il rend les images de la vie pleines de charme. Sa mission est d'en reproduire toutes les nuances, tous les aspects. Poésie lyrique, tragédie, comédie, peinture et musique ; l'action du génie y est plus sensible que partout ailleurs.
La vie est une chasse incessante où, tantôt chasseurs, tantôt chassés, les êtres se disputent les lambeaux d’une horrible curée ; une histoire naturelle de la douleur qui se résume ainsi : vouloir sans motif, toujours souffrir, toujours lutter, puis mourir et ainsi de suite dans les siècles des siècles, jusqu'à ce que notre planète s'écaille en petits morceaux.
La plupart des hommes, pour ne pas dire tous les hommes, sont constitués de telle sorte qu'ils ne pourraient être heureux dans quelque monde dont ils rêvent y vivre.
Exiger l’immortalité de l'individu, c'est vouloir perpétuer une erreur à l'infini.
Il est dans la nature de l'homme de s'occuper outre mesure des affaires des autres.
Le lion a ses dents et ses griffes ; l'éléphant, le sanglier ont leurs défenses ; le taureau a ses cornes ; la sèche a son encre qui lui sert à brouiller l'eau autour d'elle ; la nature n'a donné à la femme pour se défendre et se protéger que la dissimulation.
La mort est la solution douloureuse du nœud formé par la génération avec volupté, c'est la destruction violente de l'erreur fondamentale de notre être ; le grand désabusement.
Naissance et mort appartiennent également à la vie et se font contre-poids, l'une est la condition de l'autre ; elles forment les deux extrémités, les deux pôles de toutes les manifestations de la vie.
Le mariage est un piège que la nature nous tend.
L'homme s'efforce en toute chose de dominer soit par l'intelligence, soit par la force.
La dissimulation est innée chez la femme, chez la plus fine, comme chez la plus sotte. Il lui est aussi naturel d'en user en toute occasion qu'à un animal attaqué de se défendre aussitôt avec ses armes naturelles.
Les hommes sont faits pour gagner de l'argent, et les femmes pour le dépenser.
La femme est faite pour consoler l'homme accablé de soucis et de peines.
Les femmes vont au but par le chemin le plus court, parce que leurs regards s'attachent, en général, à ce qu'elles ont sous la main.
Le regard des hommes dépasse, sans s'y arrêter, les choses qui lui crèvent les yeux.
Les femmes ne voient dans les choses que ce qu'il y a réellement ; les hommes, sous le coup de leurs passions excitées, grossissent les objets, et ils se peignent des chimères.
La nature, en refusant la force aux femmes, leur a donné, pour protéger leur faiblesse, la ruse en partage. De là leur fourberie instinctive et leur invincible penchant au mensonge.
La jeunesse sans beauté a toujours de l'attrait, la beauté sans jeunesse en a peu.
La fidélité dans le mariage est artificielle pour l'homme, et naturelle à la femme.