Les êtres sur qui notre cœur avait concentré sa tendresse, et fondé pour jamais l'espoir de son bonheur, nous sont ravis de leur jeunesse : et le temps jaloux ne nous laisse que les regrets et la douleur.
Quel empire charmant que celui d'une femme qui, pour faire régner la paix dans sa maison, des grâces de l'esprit embellit la raison ! En elle son époux voit un autre lui-même ; son cœur vole au-devant d'un empire qu'il aime, et toujours à ses lois conformant son désir, il croit régner tandis qu'il ne fait qu'obéir.
L'esprit est d'en donner à ceux qui n'en ont pas.
L'amour est un tourment : moins vive et plus sensible, l'amitié dans nos cœurs verse un bonheur paisible.
Les arts sont un besoin de l'esprit et du cœur ; aimer et s'occuper, voilà le vrai bonheur.
Le véritable amour est le noviciat de la véritable amitié. Elle ressemble à ces vins généreux, qui, après une longue fermentation, perdant leur bouillante effervescence, deviennent par degrés un nectar bienfaisant, qui, sans enflammer nos esprits, fait circuler dans nos veines une chaleur salutaire, et rajeunit en nous le sentiment de l'existence. Et c'est ainsi qu'au sein de la vertu, le bonheur présent prépare le bonheur de l'avenir.
Par leurs goûts tous les jours les hommes sont unis.
On ne peut vivre heureux qu'auprès de ce qu'on aime.
L'hommage des amis, c'est la fidélité.
L'économie, que tant de personnes regardent comme une source continuelle de privations, est au contraire l'art de multiplier ses jouissances. Parmi les hommes même les plus riches et les plus raisonnables, il en existe peu dont les désirs n'excèdent souvent les facultés. Or, ne serait-ce point un secret inappréciable, que celui qui, en centuplant la valeur de la plus modique fortune, étendrait ses ressources presque au-delà de nos désirs ? Tel est l'art de l'économie, vertu subalterne, dit-on, mais dont l'exercice appartient à tout homme sensé, et surtout à ces femmes vraiment bonnes et sensibles, qui, tandis que nous travaillons à la sûreté de leur existence, recueillent pour nous en détail cette aisance et ce bonheur journalier de la vie.
Les ridicules de la jeunesse ressemblent à ces insectes qui voltigent sur les roses du printemps. Comme eux, ils n'ont souvent qu'une origine fort obscure ; comme eux, la frivolité les amène ; comme eux, ils brillent parfois d'un éclat passager ; et si, de même que ces insectes éphémères, le jour qui les vit naître ne les voit pas aussi s'évanouir, c'est que par une sorte d'attrait particulier à la beauté, il semble qu'après s'être reposés sur vos charmes, ils veuillent y prolonger leur fugitive existence.
Si les prétentions de la vanité sont moins vastes que celles de l'ambition, ses désirs sont plus multipliés. L'ambition ne s'alimente que d'objets important ; la vanité se nourrit des moindres détails. L'une est une maladie violente, dont le premier accès nous emporte au milieu du délire ; l'autre est une fièvre continue, qui par degrés nous consume, et finit par nous dessécher le cœur. Aussi ne faut-il souvent qu'un grand revers pour abattre et étouffer l'ambition ; tandis que la vanité fermente au sein même de l'infortune, et renaît après un siècle d'adversité.
L'esclave de la veille n'est que trop souvent le tyran du lendemain.
Pour être heureux, cherchez l'obscurité.
Le champ de l'amitié, tout fertile qu'il est, a besoin de culture, et ne rapporte en automne que les fruits qu'on y a semés au printemps.
Il y a dans l'honnête simplicité je ne sais quel charme tranquille qui repose les yeux fatigués du désordre de la magnificence. Une maison simple, mais bien ordonnée, vous fait sentir que l'on y sait jouir du peu que l'on y possède. Un palais brillant d'un luxe désordonné, vous annonce que l'on y possède tout, et qu'on n'y jouit de rien.
Le plaisir n'est qu'une légère partie du bonheur ; et la marque la plus certaine à laquelle on puisse les distinguer, c'est que le plaisir n'occupe qu'une portion de nous-mêmes, tandis que le bonheur s'empare de notre être tout entier.
Si, malgré le mal qu'on nous dit d'une femme, nous devons souvent bien penser d'elle, à plus forte raison devons-nous en croire du bien quand on ne nous en a pas dit de mal.
L'art de la parure consiste moins dans la recherche des ajustements que dans l'ornement de l'esprit et du cœur.
La mélancolie est friande mais on doit éviter qu'elle ne dégénère en misanthropie ; il faut que le sentiment l'adoucisse, et que l'amour verse une goutte de son nectar dans sa coupe quelquefois trop amère.
La solitude n'est vraiment une jouissance que pour l'homme qui, se retournant vers le passé, le parcourt d'un œil satisfait, porte sur le présent un regard paisible, et contemple l'avenir comme un horizon tranquille, éclairé par le déclin d'un beau jour.
L'indulgence, qui nous sert si mal pour autrui, est si officieuse pour nous-mêmes, que non contente de nous dissimuler nos défauts, elle nous fait voir à leur place des qualités dont notre vanité s'applaudit, mais que nous taisons par modestie.
Notre raison peut nous tromper, mais notre conscience ne nous trompe jamais ; et quelque compliqué que soit le dédale du mensonge, il n'a pas un seul sentier dont les détours n'aboutissent au chemin de la vérité.
Lorsque les glaces de l'âge ont refroidi les amours, près du feu dans son ménage, en rappelant ses beaux jours, souvent un couple fidèle, malgré ses cheveux grisons, fait jaillir quelque étincelle en rapprochant ses tisons.
L'amour, caché sous le voile de l'amitié, est un bouton de rose renfermé dans son enveloppe.
La vanité est souvent le chemin du cœur d'une femme.
Tout homme est sujet à l'erreur.
On n'aime pas toujours tout ce que l'on admire.
Sans l'estime il n'est point de solide amitié.
L'esprit croit aisément ce que le cœur désire.
Les raisonnements ne parlent qu'à l'esprit, les exemples parlent au cœur.
La douleur diminue quand elle est partagée.
De la crainte à la haine, le pas n'est que trop glissant.
Dans le premier accès de la douleur, la solitude est affreuse : les malheureux n'ont point d'amis.
Les larmes attirent les larmes.
La douleur même a ses jouissances.
La vie la plus heureuse est une alternative à peu près égale de jouissances et de peines.
La jeunesse est un temps d'épreuve bien dur, bien cruel à passer !
L'épreuve des amis c'est le malheur extrême.
Pardonnez ma peine secrète ; plaisirs, bonheur, j'ai tout perdu ! Vous jouissez, moi je regrette ; vous vivez, et moi j'ai vécu.
L'amitié seule véritable est l'histoire de notre cœur, et l'amour n'en est que la fable.
Mieux vaut être heureux un peu tard que jamais.
La beauté véritable est dans les sentiments.
Quand je vois vos attraits, c'est pour moi le Printemps ; quand je cueille un baiser, c'est l'Été, je moissonne ; quand vous me prodiguez, dans vos discours charmants, les fruits de votre esprit, j'amasse ; c'est l'Automne ; mais si dans vos yeux, dans votre petit air, je vois de la froideur, je tremble ; c'est l'Hiver.
S'il existe des caprices aimables, ce sont assurément les caprices de l'amour.
Sans rien oser, sans rien prétendre, près de vous je me trouve heureux ; un mot, un regard un peu tendre, un sourire comble mes vœux.
L'amour exige qu'on le flatte, les faveurs sont ses aliments, mais l'amitié, plus délicate, vit de la fleur des sentiments.
Il est si naturel, ce me semble, que l'Hymen de l'Amour attiédisse l'ardeur ! du chaud, du froid unis ensemble, que résulte-t-il ? La tiédeur.
Que l'amitié de mes maux me délivre : accorde-moi la faveur de mourir, puisqu'un mortel sans aimer ne peut vivre, et ne peut aimer sans souffrir.
Du bouquet que je vous compose durant mes heures de loisirs, je ne détache aujourd'hui qu'une rose, pour multiplier mes plaisirs.
Lorsque de la jouissance les doux moments sont perdus, l'amour ne se soutient plus que par la reconnaissance.
Un pauvre amant dit ce qu'il pense, sans trop penser à ce qu'il dit ; le désordre est son éloquence ; quand le cœur parle, adieu l'esprit.
Pour séduire une belle, au lieu de lui parler de soi, il est plus adroit, selon moi, et plus doux de lui parler d'elle.
Est-on jolie ? À l'âge de quinze ans l'on veut régner ; c'est là le bien suprême. Devient-on mère ? On a pour ses enfants la vanité qu'on avait pour soi-même.
L'on est faite pour aimer quand on est faite pour plaire.
Des hommages, quoiqu'on soit femme, on se fatigue au bout d'un jour ; la vanité chatouille l'âme, mais ne remplace pas l'amour.
La gaîté de l'hymen écarte les orages, et des jours ténébreux éclaircit les nuages.