Si les défauts des autres te frappent, sois encore plus attentif à leurs bonnes qualités ; c'est ainsi que tu ménageras la bonne amitié.
Le sage se modère en toutes choses, il évite toute exagération, tout extrême, et tâche de garder en toutes circonstances le juste milieu.
Le ciel a créé l'homme, mais non pour que l'homme use témérairement du mandat de la vie.
Il faut avoir beaucoup de vertus pour savoir vivre avec les gens qui en ont peu.
Les collines ne peuvent se comparer aux montagnes.
La lampe n'a pas la clarté du soleil ni de la lune.
La musique est l'expression et l'image de l'union de la terre avec le ciel.
À celui qui te donne sur le champ une goutte d'eau, tu lui donneras en échange une fontaine intarissable.
L'armée la plus invincible est celle où les pères pensent le plus souvent à leurs enfants, les fils à leurs parents, et les frères à leurs frères.
Les oiseaux qui traversent l'air ne laissent qu'un son ; l'homme passe, et sa renommée survit.
Aimer les gens qui ont des talents et les sages, et leur refuser l'accueil qu'ils méritent, c'est les inviter et leur fermer en même temps la porte.
Un homme qui est de mon sentiment, sans m'avoir entendu, craint que je ne m'en aperçoive pas. Il s'empresse à me le témoigner, c'est un complaisant dangereux, je dois le fuir.
Vous qui présidez au gouvernement, qui êtes préposés à l'exécution des lois, n'êtes-vous pas à la place du ciel pour servir de pasteurs aux peuples ? Faites prudemment un choix de personnes qui méritent votre confiance. Ne punissez pas légèrement, et réfléchissez longtemps avant de prononcer ; mais surtout ne cherchez pas des hommes éloquents pour juger les coupables, mais des hommes justes, doux et sincères.
Quand le feu s'élance du sommet d'un volcan, il calcine indifféremment le vil caillou et la pierre précieuse. Un ministre sans vertu est encore plus destructeur que les feux des volcans.
Il importe bien moins d'enrichir une nation que de la nourrir. C'est la subsistance qu'il lui faut, et non pas une abondance de belles monnaies. Changez, si vous le pouvez, le sable des campagnes en l'or le plus pur : mais l'or ne se change pas en aliments ; il n'arrache pas à la mort le malheureux affamé. Le peuple peut à jamais se soutenir sans argent ; mais, sans les fruits de la terre, il ne peut vivre un seul jour.
Le peuple, sous les bons gouvernants, ne souffre ni le froid ni la faim. Ce n'est pas que ces gouvernants habillent ou nourrissent la nation ; c'est que, par de bonnes lois, ils encouragent et protègent le cultivateur.
Si les hommes cherchent la vertu, ils sont sûrs de la trouver ; mais ils aiment bien mieux chercher les richesses et les honneurs qui dépendent des autres, et que, peut-être, ils n'obtiendront jamais.
Les anciens sages, les personnages illustres dont les grandes qualités étonnèrent autrefois l'univers n'étaient cependant que des hommes. Ne suis-je pas un homme moi-même ? Ne puis-je pas les imiter, devenir leur égal ? Pourquoi regarder leur gloire d'un œil timide, lorsque je puis m'élever jusqu'à leurs vertus ?
La peine, le plaisir, la joie, la tristesse, n'ont pas de point fixe où ils puissent s'arrêter. Tel a pensé mourir de joie quand il a obtenu son premier emploi : il est monté, dans la suite, à de plus hautes dignités, et est mort de douleur pour n'avoir pas obtenu la première de toutes.
Vous ne cherchez qu'à vous avancer, mais ne perdrez-vous pas d'un côté ce que vous gagnerez de l'autre ? Creuser au levant pour remplir un vide au couchant, c'est prendre une peine bien inutile.
L'homme qui, pratiquant la vertu, s'applique à extirper les racines de ses passions, est semblable à celui qui déroule entre ses doigts les perles d'un chapelet. S'il va les prenant une à une, il arrive facilement au terme. En extirpant un à un ses mauvais penchants, on obtient la perfection.
Admirez-vous une bonne action : interdisez-vous d'en scruter les motifs ; il vous viendrait peut-être des soupçons qui vous rendraient moins ardents à l'imiter.
Apprends dans la souffrance de ton ennemi, si tu as un bon cœur, le pardon.
Qui me loue me montre le chemin que je dois suivre ; qui me blâme m'avertit des dangers que je cours.
Si avec ton ami tu as eu quelques déboires, n'attend pas que cela s'envenime : fais le premier pas.
Quand un mot est une fois lancé, un char attelé de quatre chevaux ne saurait le rattraper.
Si tu n'as pas exercé de charges publiques, tu ne sais pas qu'il est difficile de gouverner les peuples ; si tu n'as pas eu d'enfants, tu ne connais pas les soins et les sollicitudes d'un père. Ne parle jamais des devoirs que tu n'as pas eu l'occasion de remplir : parle seulement en connaissance de cause.
Le railleur s'attire toujours de mauvaises affaires, et le beau parleur ne manque jamais d'ennemis.
Si vous rougissez de ce que vous avez fait, de ce que vous avez pensé dans l'ivresse du vin, c'est un pas vers la sagesse. Mais n'oubliez jamais que, l'ivresse des passions n'est pas moins dangereuse.
Instruisez l'enfance, dès que son esprit devient capable d'instruction : mais ménagez sa faiblesse, et sachez vous accommoder à sa raison naissante. Laissez à cette jeune fleur le temps de pousser et de s'épanouir, et ne la flétrissez pas pour toujours, en l'échauffant imprudemment dans votre sein.
Pour l'ivoire on n'hésite pas à chasser et à tuer l'éléphant ; on ouvre l'huître, on lui donne la mort, pour en tirer des perles ; le langage du perroquet lui fait perdre sa liberté, on l'enferme dans une cage : ainsi est l'homme, il doit bien souvent sa perte à tous les avantages dont il s'enorgueillit.
Tu n'as qu'un âne pour monture, et un homme avance devant toi monté sur un bon cheval : tu te plains, tu t'affliges, tu l'envies ? Homme, tourne la tête, regarde cette foule qui te suit à pied, courbée sous des fardeaux : Console-toi, et dis-toi, qu'en ce monde il y a plus malheureux que toi.
Les disputes et les querelles ont leur principe dans l'impatiente et dans l'orgueil. On ne saurait rien souffrir ; on s'emporte pour la moindre chose ; la moindre chose blesse les cœurs naturellement inquiets et turbulents. Pour réprimer les saillies d'une colère naissante, il faut savoir prendre sur soi. Un homme qui ne sait point se modérer, qui n'est pas maître de soi, ne saurait manquer d'être dans l'inquiétude. Celui au contraire qui se modère dans les occasions, acquiert une humeur douce, et jouit d'une tranquillité inaltérable, il pardonne aisément les affronts même les plus outrageants ; ce que ne saurait faire un homme qui a le trouble dans le cœur, et l'inquiétude dans l'esprit.
Un seul affront supporté patiemment suffit pour établir votre réputation.
N'ayez ni aversion ni mépris pour les esprits bornés : n'exigez pas qu'un homme soit parfait en tout.
Aimes-tu les autres sans en obtenir un retour ? Cherchent-ils à te fuir, quoique tu les abordent avec prudence ? Manquent-ils pour toi d'égards, quand tu les traites avec honnêteté ? Examine-toi bien, et cherche en toi quel défaut secret nuit à tes vertus.
La vie de l'homme est un voyage : il en faut franchir le chemin, quel qu'il soit. II est bien rare de le trouver égal, mais, si d'abord il est dangereux et périlleux, étroit et difficile, avec de la prudence, une volonté ferme et de la persévérance, on peut espérer qu'il deviendra plus sûr et plus agréable.
Celui qu'on aime n'a point de vices, mais si l'on vient à le haïr, il n'aura plus de vertus.
Les usages consacrés par le temps ne sont pas des lois.
Mieux vaut modérer son orgueil que de perdre un véritable ami.
Qui que vous soyez, évitez le jeu ; ne cherchez point à acquérir des richesses par d'autre voie que par celle de vos travaux et de vos épargnes : vous avez vos appointements fixes, ménagez-les ; ne faites point de dépenses inutiles ; vous avez des terres, cultivez-les avec soin et mettez à profit tout ce qu'elles vous rendront. Après avoir suffisamment pourvu à votre entretien et à celui de votre famille, mettez le superflu en réserve pour l'avenir, et pour les temps de calamité : soyez prévoyants.
La vérité peut échapper à un mortel, mais le ciel la voit dans tout son jour.
Comme on a ensemencé son champ il faut s'attendre à la récolte.
Les chagrins des pauvres humains sont aussi nombreux, aussi pressés que les gouttes de pluie qui tombent dans une nuit d'automne.
Il n'est pas au pouvoir de l'homme de faire le mal impunément.
Un juge est comme un brillant miroir qui réfléchit les objets placés au-dessous de lui.
L'homme consume sa vie dans de vains projets : il espère, il travaille, il anticipe pour les jours suivants, il gaspille son énergie dans des riens, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de lendemain pour lui.
Les liens qui unissent le père à ses enfants, le frère à ses frères, la sœur à ses sœurs, les amis à leurs amis, les citoyens à leurs concitoyens, ont été précédés des nœuds qui attachent l'époux à l'épouse. Rien n'est plus sacré que cette union, et du bon ordre qui y règne résulte celui de toute la société.
Un enfant qui manque d'instruction se livrera à tous ses penchants : si naturellement il est porté au bien, il peut arriver qu'il devienne honnête homme ; mais si ses inclinations le portent au mal, il sera nécessairement un mauvais sujet. C'est à vous, Pères ; c'est à vous, Aînés de famille, à instruire vos enfants, à veiller sur l'éducation de vos cadets. Vous pouvez par vos sages instructions et par vos bons exemples, empêcher qu'ils ne suivent le torrent des vices qui les entraîne : vous pouvez les corriger de leurs défauts, et les faire rentrer dans la bonne voie lorsqu'ils s'en écartent.
Tout homme est naturellement porté à aimer ses semblables ; à avoir du respect et de la condescendance pour ceux qui sont au-dessus de lui, ou par l'âge ou par les emplois. II faut cultiver cette heureuse inclination ; il faut en profiter pour enseigner aux enfants la manière dont ils doivent aimer et respecter leurs parents, celle dont ils doivent se conduire à l'égard des Magistrats ; pour leur inspirer l'obéissance aux lois et à ceux qui sont préposés pour les faire respecter ; pour leur apprendre quels font les devoirs réciproques du mari et de la femme, et des frères entre eux ; pour leur expliquer en quoi consiste la véritable amitié ; pour leur inspirer une fidélité à toute épreuve ; pour leur faire connaître toute l'étendue des obligations qu'ils ont contractées, ce qu'ils doivent faire pour remplir celles de bons citoyens, suivant leur âge, leurs forces et leur capacité, et pour leur faire éviter jusqu'aux plus petites fautes.
Qui fait souvent des actions qui ne font pas bonnes s'y accoutume ; et l'habitude qu'il en contracte, lui rend le mal comme naturel. Le jeu, le vin, la débauche, la fréquentation des méchants, sont les sources ordinaires de la dépravation du cœur, et quand une fois le cœur est dépravé, on ne connaît plus de frein ; la crainte des châtiments imposés par les lois, en est un bien faible pour les arrêter.
Dis-moi, et j'oublierai ; montre-moi, et je me souviendrai ; implique-moi, et je comprendrai.
Un homme chez qui la passion du jeu commence à s'insinuer, d'abord, joueur timide, ne donne au jeu que peu de temps ; mais bientôt devenu plus hardi, il néglige ses devoirs, il abandonne sa profession, il ne cultive plus l'art ou le métier dont il tirait sa subsistance et celle de sa famille, il n'a plus d'autre occupation ni d'autres pensées que le jeu. Hélas ! il vend ses meubles, ses maisons et tout ce qu'il possède, jusqu'à ce qu'enfin réduit à une misère affreuse, sans ressource, sans honneur, sans réputation, il n'est plus qu'un objet méprisable aux yeux des hommes, et un vil rebut de la nature humaine, qui se trouve comme déshonorée de l'avoir produit.
L'amour de la vie est naturel à l'homme : le soin de la conserver est naturellement le premier de ses soins : cependant, il y a des gens assez insensés pour ne pas craindre de la perdre, en se livrant aux excès d'une colère aveugle, qui leur fait oublier ce qu'ils sont et ce qu'ils se doivent à eux-mêmes. Leur colère, ou, pour mieux dire, leur fureur, vient quelquefois d'une haine invétérée qu'ils n'ont pas eu soin d'étouffer comme il faut, et qui se réveille à la première occasion : quelquefois aussi elle leur vient pour avoir reçu quelque insulte réelle ou imaginaire, dont ils croient devoir se venger sur le champ, à quelque prix que ce soit.
L'homme, dans quelque état que le Ciel l'ait fait naître, il a des devoirs et des obligations à remplir. Il doit être reconnaissant envers ses parents et ses ancêtres ; il doit à ses enfants et à son épouse le bon exemple et une conduite irréprochable. Ces deux devoirs ne sont pas d'une petite conséquence, ils sont indispensables, et méritent qu'on y porte toute son attention.
Pères, Aînés de famille, si vous avez des fils, si vous avez des frères qui se sont égarés dans le mauvais chemin, pouvez-vous être tranquilles ? La vie peut-elle avoir des douceurs pour vous ? Tristes victimes de leurs crimes, vous verrez tomber sur vous, comme sur eux, tout le poids de la sévérité des lois, sans avoir eu part à leur crime, vous partagerez leur ignominie, et la honte vous suivra partout. Au contraire,si vous instruisez bien vos enfants et vos frères, si vous veillez sur leur conduite, si vous mettez tous vos soins à leur donner une bonne éducation, votre front sera rayonnant de gloire, la porte même de votre maison brillera d'un éclat qui éblouira les passants.
Veillez à ce que vos enfants ne fréquentent que des gens qui parlent bien. À leur contact, il est impossible qu'ils contractent un mauvais langage. De même, s'ils n'entendent que des paroles honnêtes, s'ils ne voient que des actions vertueuses, ils ne pourront se plonger dans le vice. Et même s'ils le voulaient, ils n'en trouveraient pas le chemin.
L'homme n'est distingué des autres animaux que par l'intelligence. Quelques uns la cultivent, le plus grand nombre des hommes la néglige : ils semblent vouloir renoncer à ce qui les sépare de la brute.
Faire du bien au pauvre et à celui qui ne peut payer de retour, c'est amasser un trésor de vertu, qui n'en est pas moins riche pour être caché : c'est quelquefois préparer un riche héritage à ses enfants.
On bâtit des palais spacieux et luxueux pour loger un seul homme : ne vaudrait-il pas mieux construire d'humbles édifices, pour loger tant de malheureux qui n'ont pas où reposer leur tête ?
Si vous vivez dans l'abondance, n'ayez aucun mépris pour les plus démunis, les malheureux.
Ne recherchez pas trop sévèrement les fautes de l'homme qui se distingue par de grands talents ou par de grandes vertus : un diamant a-t-il quelques défauts ? Il est encore bien plus précieux qu'une pierre commune qui n'en a aucun.
Vois cet agneau qu'on mène à la boucherie : à chaque pas, il s'approche de sa fin. Garde en mémoire ceci, toi mortel, ton sort est le même : chaque pas que tu fais est un pas de plus vers la mort.
Qu'on entende dire du mal d'une personne, bien souvent on le croit ; du bien, parfois on en doute. Quand on s'accoutume à parler des défauts des autres, on ne fait plus attention à leurs vertus.
Se vaincre soi-même, c'est le moyen de n'être pas vaincu par les autres ; se maîtriser soi-même, c'est le moyen de n'avoir pas d'autres maîtres.
Tu regardes d'un œil d'envie les richesses d'autrui, mais ces vains désirs ne t'enrichiront pas : ne vaudrait-il pas mieux fermer ton cœur à cette folle cupidité ? Tu nourris la volonté de nuire à ton ennemi, mais cette volonté ne lui nuit pas : ne vaudrait-il pas mieux lui pardonner de bonne foi ?
Celui-ci jouit de la véritable richesse qui sait mesurer sa dépense à ses revenus.
Le secret est l'âme des grandes entreprises, soyez discret : un ancien chinois écrivait sur la cendre la minute de ses projets futurs, il soufflait, et il n'en restait plus aucune trace, sauf en son esprit.
Un léger secours donné à propos vaut mieux que cent bienfaits mal distribués.
Une longue prospérité enfante souvent la négligence et l'orgueil.
L'eau trop claire est sans poissons ; l'homme trop méfiant est sans ami.
Soyez modestes, ne tirez aucune vanité des talents que vous pourriez avoir.
Que la modestie et l'humilité accompagnent toutes vos actions.
Ce n'est pas la prison, mais le crime qui fait la honte.
La montagne engendre un volcan, et ce volcan la déchire ; l'arbre produit le ver dans son sein, et ce ver ronge ses entrailles : l'homme enfante mille projets, et ses projets le dévorent.
L'arbre renversé par le vent avait plus de branches que de racines.
La plupart des plaisirs ne sont que des amusements frivoles : ils ont surtout un grand inconvénient, c'est qu'on ne peut les goûter seul. Le jeu le plus simple exige au moins deux personnes, mais l'étude procure des plaisirs, utiles dans la plus profonde solitude.
Tel le chien servile, le serviteur obéissant baisse la tête et prête l'oreille.
Il faut souvent se battre contre les aléas de la vie, et ne jamais baisser les bras.
Chien qui relève la queue méprise son ennemi ; tigre qui la baisse va le dévorer.
Craignez que celui dont vous faites l'éloge aujourd'hui ne vous poignarde demain : c'est dans l'automne que le paysan juge de l'année, c'est dans l'arrière saison de la vie que l'on juge un homme.