On tirerait des conséquences utiles de savoir que la mémoire est la même chose que le jugement et l'imagination. On pourrait déterminer quelles réflexions ou jugements ferait un homme en conséquence des faits qu'il a dans la mémoire, et quelle sorte de réflexions arrivera en conséquence d'une érudition vaste et profonde.
La physique et la morale sont comme deux colonnes isolées éloignées l'une de l'autre, mais qu'un jour un même chapiteau rejoindra.
Il serait aisé de faire un livre pour prouver qu'une société de gens qui se conduiraient selon l'Évangile ne pourrait subsister.
Il y a dans l'esprit des maladies épidémiques auxquelles peu de gens échappent.
Tout ce qui ne sert pas à la postérité est inutile dans l'histoire.
Il en est des amants comme de ces insectes ailés qui prennent la couleur de l'herbe à laquelle ils s'attachent. Ce n'est qu'en empruntant la ressemblance de l'objet aimé qu'un amant parvient à lui plaire. Cette métamorphose n'est point difficile, car qui ne sait que l'amour change en lui ce qu'il aime ?
L'esprit ébauche le bonheur que la vertu achève.
Une vérité qu'on veut prouver doit recevoir toute sa force et sa clarté des dernières réflexions qu'on fait pour la prouver.
Ce qui fait la libéralité, c'est la cause pour laquelle on l'exerce.
On ne cesse point de croire une absurdité parce que de bons esprits la démontrent telle, mais on la croit parce qu'un petit nombre de sots et de fripons la disent vraie.
Un homme est juste lorsque toutes ses actions tendent au bien public.
Raisonner, pour la plupart des hommes, c'est le péché contre nature.
C'est un grand tort à un écrivain d'être ennuyeux. On ennuie dans un ouvrage d'esprit, de morale ou de raisonnement, toutes les fois qu'on ne réveille pas l'esprit par des idées neuves. Dans les histoires et les romans, les faits tiennent lieu de pensées et d'esprit.
Dans les Cours, le déshonneur ressemble à la fumée qui se blanchit en s'étendant au large.
Un sot porte des sottises comme le sauvageon des fruits amers.
En morale comme en religion, il est beaucoup d'hypocrites.
Rien n'est impossible aux grands hommes.
Trop souvent dupes de notre ignorance, nous prenons pour les limites d'un art celles que cette même ignorance lui donne.
C'est à la loi à protéger l'égalité. Remontez à la source des privilèges, ils sont tous fondés sur des préjugés ou sur des injustices. Ceux qui par hasard ont été accordés comme récompenses, sont l'effet d'une vue courte et peu sensible au bonheur des autres ; car il n'y a aucun privilège, qui ne nuise à un tiers. Il est injuste de favoriser une partie de la nation aux dépens du reste, et cela est toujours ainsi. Quant à l'ancienne possession, c'est un titre presque toujours vicieux dans son origine ; et, aux yeux d'un philosophe, on ne prescrit jamais contre les vrais intérêts du peuple. Il est toujours sage, en rachetant ou en indemnisant les particuliers, de travailler à l'anéantissement de tout privilège. Les places seules doivent avoir des distinctions, et jamais de privilèges ni d'exemptions.
L'orgueil n'est dans nous que le sentiment vrai ou faux de notre excellence.
Toute loi dont on défend l'examen et la critique ne peut jamais être qu'une loi injuste.
Il ne faut pas avoir trop de petitesse ni trop d'étendue d'esprit pour paraître avoir du bon sens ; car on n'appelle bon sens parmi presque tous les hommes que l'acquiescement aux choses reçues par les sots ; et un homme qui n'a en but que la vérité, et qui par conséquent s'éloigne ordinairement des vérités reçues, passe pour fou.
L'humanité est un sentiment réfléchi ; l'éducation seule le développe et le fortifie.
Il y a des gens qu'il faut étourdir pour les persuader.
Les hommes sont toujours contre la raison, quand la raison est contre eux.
Il est dans l'amour de certaines caresses que l'amour nous apprend.
La raison souvent n'éclaire que les naufrages.
Les voluptés, sont les filles du ciel, des dons de sa bonté ; en jouir, c'est honorer la divinité.
Il n'y a que la main d'un ami qui arrache l'épine du coeur.
On n'est imposteur que lorsqu'on l'est à demi.
L'amour des parents descend et ne remonte pas.
L'indifférence est née aveugle et stupide.
La justice est un rapport des actions des particuliers au bien public.
Le principe de notre estime ou de notre mépris pour une chose est son besoin ou son inutilité.
La sottise veut toujours parler, et n'a jamais rien à dire, voilà pourquoi elle est tracassière.
On ne peut, en compagnie, juger de tout l'esprit d'un homme : on peut juger de la partie bonne à la société, mais non pas de la profondeur des idées.
Il y a des gens qui se croient de grands raisonneurs parce qu'ils sont pesants dans la conversation ; comme des bossus qui se croient avoir de l'esprit parce qu'ils sont mal faits.
Rien de plus louable que d'abandonner une erreur pour embrasser la vérité.
Qui veut savoir exactement ce qu'il vaut ne peut l'apprendre que d'autrui, et doit, par conséquent, s'exposer à son jugement.
Un homme regardé comme médiocre dans une société composée de gens de peu d'esprit est sûrement un sot.
La flamme de l'amour ne peut être éternelle : c'est en vain qu'un instant sa faveur te séduit ; le transport l'accompagne, et le dégoût le suit.
Le bonheur des peuples dépend et de la félicité dont ils jouissent au-dedans, et du respect qu'ils inspirent au-dehors.
On voit se soutenir la vertu persécutée et honorée, mais rarement la vertu persécutée et méprisée.
Les petites fautes dans un grand ouvrage sont les miettes qu'on jette à l'envie.
Un homme d'esprit passe souvent pour un fou devant celui qui l'écoute ; car celui qui écoute n'a que l'alternative de se croire sot, ou l'homme d'esprit fou : il est bien plus court de prendre le dernier parti.
Il faut être plus lent à condamner l'opinion d'un grand homme que celle d'un peuple entier.
Le gouvernement qui devient bien intolérant a encore bien des sottises à faire : c'est le voleur qui voudrait fermer la bouche à ceux qui déposent contre lui.
Quiconque est perpétuellement en garde contre lui-même se rend toujours malheureux de peur de l'être quelquefois.
C'est le lot des esprits rares d'allier la justesse avec l'imagination.
On pourrait calculer la bonté d'un homme par son bonheur. J'entends par bonheur, non celui qu'on attribue à la fortune, mais celui qui naît d'une bonne santé, de la satisfaction ou du moins de la modération de ses désirs.
Lorsqu'il tombe une étincelle de l'amour dans un cœur, elle l'anime ; mais si l'amour en approche son flambeau, il le consume.
Un sage jouit des plaisirs, et s'en passe, comme on fait des fruits en hiver.
Les hommes qui n'ont que de l'esprit sont les rivaux humiliés des hommes de génie, et les détestent.
On est souvent trop sage pour être un grand homme. Il faut un peu de fanatisme pour la gloire, et dans les lettres et dans les gens d'état.
Il y a des chiens bons à une chasse, d'autres à d'autres chasses : pourquoi ne prendrait-on pas des amis dont on se servirait, des uns pour rire, d'autres pour raisonner, enfin d'autres pour pleurer avec nous ?
Dans un gouvernement, il arrive tous les jours des malheurs auxquels on ne peut remédier, faute de remonter à une source très éloignée, que souvent l'ignorance des ministres a fait tarir, tandis qu'on en ouvre d'autres dont le cours inconnu va empoisonner le bonheur public.
Quand une science ne produit pas un bien très près de sa source, on la regarde comme inutile : c'est un ruisseau qui semble se perdre dans la terre, et qu'on ne voit point produire une autre source.
On ne prendra jamais le mot homme pour cheval ; mais on prendra réfléchir pour penser : tout mot collectif occasionne des disputes, il n'y en a point aux mots d'images.
Les hommes laids, en général, ont plus d'esprit, parce qu'ils ont eu moins d'occasions de plaisirs, et plus de temps pour étudier.
La religion a fait de grands maux, et peu de petits biens.
Tous les événements sont liés. Une forêt du nord abattue change les vents, les moissons, les arts de ce pays, les mœurs et le gouvernement. Nous ne voyons pas toutes ces chaînes, dont le premier chaînon est dans l'éternité.
On sacrifie souvent les plus grands plaisirs de la vie à l'orgueil de les sacrifier.
Rarement les ministres qui ont de l'esprit choisissent des hommes supérieurs pour les mettre en place : ils les croient trop indociles, et pas assez admirateurs.
Ceux qui sont accoutumés à disputer dans les lieux publics doivent plutôt savoir l'art de rendre des idées que la manière de trouver des vérités.
Faire sa fortune n'est pas synonyme de faire son bonheur, l'un peut cependant s'accroître avec l'autre.
Dans le monde ce n'est pas l'ignorance qui est inadmissible, c'est l'impertinence.
Entre les plaisirs celui de l'amour est le plus vif ; pour en jouir, il faut se rendre agréable aux femmes.
Le désir de l'honneur s'attiédit chez un peuple, lorsque l'amour des richesses s'y allume.
Ce qui nuit le plus à l'avancement des arts et des sciences, c'est ce qu'on appelle ces gens de bon sens qui se donnent le titre de voir net, parce qu'ils ne voient pas loin.
L'art du politique est de faire en sorte qu'il soit de l'intérêt de chacun d'être vertueux.
Après le courage, rien de plus beau que l'aveu de la poltronnerie.
Quels vents impétueux, ô puissante sagesse ! De l'île du Bonheur me repoussent sans cesse ?
L'amour de la vertu n'est que le désir du bonheur général.
Un siècle de lumière un jour doit ramener le siècle de bonheur qui semble s'éloigner.