Soyez-vous à vous-même un sévère critique.
Un critique de profession est un jardinier qui arrache plus de plantes qu'il n'en fait pousser.
Les mouches s'assemblent où il y a du miel, et les critiques sont aussi importunes que les mouches.
Les critiques ne m'affectent pas plus que la goutte de pluie qui tombe sur mon chapeau dans un orage de printemps.
Le vrai critique ne conclut pas et n'exclut rien ; son plaisir est de comprendre sans croire, et de bénéficier des œuvres de l'enthousiasme tout en restant libre d'esprit et débarrassé d'illusion. Cette manière de faire paraît de la jonglerie ; ce n'est que l'ironie souriante d'un esprit très cultivé qui ne veut être étranger à rien et n'être dupe de rien.
Le vrai critique est un point d'appui pour tout le monde. Il est le jugement, c'est-à-dire la raison publique, la pierre de touche, la balance, la coupelle qui mesure la valeur de chacun et le mérite de chaque œuvre.
Avec les autres sois indulgent, facile, gai, et laisse vivre les gens à leur guise au lieu de te faire le Don Quichotte querelleur du purisme de langage, de conduite, de logique, d'assertion. Toute ta critique, occasionnée par le contact avec autrui, tourne-la sur toi-même, applique-la à toi-même.
Ce n'est jamais sans risquer de compromettre son originalité qu'un auteur se préoccupe à l'avance de la critique.
On dit que tous les critiques sont à vendre. A voir la façon dont ils s'habillent, ils ne doivent pas coûter très cher !
Les lecteurs renvoient d'ordinaire les critiques d'un auteur à leurs voisins, et gardent les éloges pour eux. De là l'inefficacité du moraliste !
De nos jours, quand un critique rencontre sur son chemin un tas d'immondices, au lieu de l'envoyer d'un coup de pied dans le ruisseau, il hache de la paille dessus pour y faire patauger ses semblables.
Les idiots ne sont guère exposés au venin du critique, mais un homme de savoir et de mérite se voit sans cesse harcelé par ce maudit hanneton, qui ressemble pas mal à certains papillons qui ne cessent de tourner autour d'une chandelle allumée que lorsqu'ils y ont perdu leurs ailes, et qui, lorsqu'ils viennent à tomber, sont écrasés d'un coup de mouchettes.
Les mouches s'assemblent bientôt où il y a du miel ; et les critiques, nation pour le moins aussi importune que les mouches, font paraître une diligence incroyable à porter la sape partout où il y a du savoir et de la vertu.
Le malin critique veut que tout ce qu'il dit et qu'il entend soit quelque chose de nouveau, quoiqu'il n'y ait rien de nouveau sous le soleil. Il prétend que les nouveaux auteurs ne doivent pas jouir de la liberté de penser sur un sujet la même chose que d'autres ont pu penser avant lui il y a des milliers d'années.
Le critique est l'idole des ignorants. Il trouve que le sel et le goût manquent à tout ce qu'un autre dit ou écrit ; car son goût est dépravé, son discernement corrompu et entièrement abâtardi, par son amour-propre et par la ridicule prévention qu'il a de son mérite.
Le critique ignorant est parmi les savants ce que le charlatan est entre les médecins.
La critique est ordinairement un fruit de l'envie, ou l'effet d'une ridicule présomption de sa propre capacité. Ainsi il n'est pas étonnant que le malin critique soit haï de tous les hommes de bien et méprisé des hommes sages.
La critique révolte ou décourage les hommes de lettres. Cependant, si elle est juste, ils n'ont que du profit à en tirer ; et si elle ne l'est pas, elle ne saurait leur nuire.
Qu'elle soit bonne, qu'elle soit mauvaise, cela n'a pas grande importance, la critique se prend au poids — quatre pages d'engueulades valent mieux que trois lignes de louanges.
Qui ne porte aucun fardeau serait mal venu à faire le critique à l'égard de ceux qui font comme ils peuvent.
La critique est bien empêchée : si je dis ce que je pense d'un auteur vivant, je nuis à ses intérêts ; si j'attends sa mort, j'insulte à sa tombe. À quand le jour de la vérité ?
Il faut savoir trouver dans l'éloge d'un ami un conseil, dans celui d'un ennemi une critique, et profiter des deux.
L'éternelle critique de moi-même a tué en moi la capacité d'agir.
Les critiques ont toutes les indulgences pour les flemmards et toutes les sévérités pour les gens sérieux. Ils acceptent à la rigueur que l'on soit doué, mais ils se mettent en colère si l'on exploite ce don.
On a beau savoir que les critiques sont des animaux bizarres, encombrés par leur morale, leurs passions politiques, leur religion ou leur athéisme, leurs théories artistiques, leurs préjugés — ce qui ne laisse pas beaucoup de place au goût —, on se laisse quand même influencer.
Un siècle est presque toujours la critique de l'autre ; il en est de même d'un gouvernement qui succède à un autre.
Je serais curieux de savoir ce que l'étude de dix ratures apprend à un critique sur le processus de la création. On sent ou on ne sent pas ces choses-là.
Le génie critique, c'est l'aptitude à discerner le vrai sous les apparences du faux.
Les critiques, les moralistes et les rhéteurs ressemblent à ces index barbouillés sur des poteaux aux carrefours des chemins, ils montrent la route qu'ils ne peuvent suivre.
Si l'on veut rendre la critique utile, il faut avoir soin de lui donner la louange pour passeport.
La critique fronde tout pour être crue supérieure à tout.
Critique : Toujours éminent. Le critique est censé tout connaître, tout savoir, avoir tout lu, tout vu. Quand il vous déplaît, l'appeler Aristarque, ou eunuque.
Qui sait se taire a l'avantage de ne point s'exposer aux critiques.
Les femmes sont nées critiques dans le méchant sens de ce mot. Elles excellent à trouver des taches dans le soleil et à mettre à nu le mauvais côté des bonnes choses.
Il est peu de femmes qui aient du bon sens devant un éloge, et du sang-froid devant une critique.
Le critique qui n'a jamais publié de livres se montre d'autant plus sévère qu'il n'a point de représailles à craindre.
La critique, cette femme sage, fait comme la sage-femme, toujours crier les nouveau-nés.
Le premier devoir de la critique, c'est la justesse, c'est d'être dans le sujet, dans le point de vue. Le malentendu ne lui est pas permis.
Que ta critique soit positive, montre le but en signalant le défaut.
Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d'œuvre.
Rien de plus contagieux que la critique, mais rien de plus rare que d'échapper à la contagion.
Le critique est aussi un homme de rancune, et sa personnalité passe chez lui, comme chez nous tous, avant sa justice.
La critique est comme la toux ; pour s'en impressionner, il faut savoir d'où elle vient.
La critique n'est bien souvent que l'arme des faibles qui ne savent aussi bien faire.
Les critiques de profession, comme certains insectes, cherchent leur vie dans les ordures.
Chez certains le métier de critique n'est que la forme aigrie du renoncement.
Pour avoir un effet salutaire, toute critique doit être constructive.
Il y a des critiques qui font des réputations sans pouvoir jamais s'en faire une.
Que la critique évite toujours l'ironie, elle embarrassera les amours-propres les plus intraitables.
La critique juste et intelligente est l'oiseau rare : le faux, le médiocre dominent dans le monde.
Qui critique tout trouve des poils aux œufs?