La conversation et la discussion amènent entre les esprits plus de divorces que d'alliances.
Les esprits solides, bâtis à chaux et à sable, vont diminuant de jour en jour. On ne fait plus guère les esprits qu'à pierres sèches, avec maintes doctrines futiles, ce pourquoi ils croulent au premier coup de vent.
Ce qui manque aux petits esprits ce sont les idées ; aux grands esprits, ce sont les mots.
Pour les esprits superficiels (ce sont, hélas ! les plus nombreux) un vice à la mode devient pour le moment une vertu.
Il en est de certains esprits comme des toupies qui n'entrent en mouvement que sous un coup de fouet.
Que d'esprits ont la vue basse. Ce sont des myopes pour lesquels un opticien devrait bien inventer des lunettes. Il y en a même de tout à fait aveugles. À ceux-là il faudrait faire subir l'opération de la cataracte intellectuelle. Mais s'y soumettraient-ils ? Leur cécité leur est si chère !
Ce sont toujours les esprits les plus sujets aux préventions qui sont les plus sujets aux engouements.
Les nez tordus sont des esprits faux.
Les grands esprits, dit-on, se rencontrent. Et les petits aussi, et plus souvent !
Les esprits qui ont peu d'idées, mais qui en sont maîtres, acquièrent par-là de l'ascendant sur les esprits que leurs idées gouvernent et tourmentent.
Il y a des esprits faux de naissance ; comme les yeux, l'esprit a son daltonisme.
Les esprits étroits sont naturellement entêtés : l'idée nouvelle a autant de peine à y entrer que l'ancienne à en sortir.
L'exagération est la rhétorique des esprits faibles et la logique des esprits faux.
Les esprits, connue les corps, se polissent par le frottement.
Les beaux esprits ressemblent aux frelons, ils font plus de bruit que de besogne.
Il est des esprits qui ne s'avancent jamais trop pour être quittes de rétrograder, ce sont ceux qui voient plus loin que les autres.
Les grands esprits sont comme les phares, plus ils sont isolés plus ils jettent de lumière.
Les esprits auxquels le jugement fait défaut sont comme du vin qui n'est pas bouché : ou ils s'aigrissent ou ils s'évaporent.
Il est des esprits étoffés et bigarrés à la façon d'un habit d'arlequin, où chacun peut trouver quelque chose de sa provenance.
Il est des esprits et des amitiés qu'on ne prolonge qu'en allongeant la table.
Certains esprits rappellent certains livres auxquels on ne fait attention que parce qu'ils sont dorés sur tranche.
Il est des esprits, comme des liquides, qu'on clarifie pas.
Les esprits légers s'arrêtent aux superficies, sans pénétrer l'essence des choses.
Il y a des esprits pénétrants à qui leur pénétration ne sert de rien.
Plus je côtoie des esprits creux, plus ils me sont antipathiques : c'est l'impuissance même.
Les beaux esprits se rencontrent.
Les esprits légers ne peuvent se donner ce peu qui suffit souvent pour paraître valoir beaucoup.
Les esprits ordinaires font leur chemin plus facilement que les grands, les pieds moyens trouvent chaussure toute faite.
Ce qui fait que les petits esprits paraissent presque toujours dominer les grands, c'est qu'ils portent la passion dans tout le menu détail de la vie. Il leur importe excessivement que les repas soient pris à telle heure, que les chaises soient rangées dans tel ordre, que le chat mange dans telle écuelle. Les autres, qui ne s'embarrassent point de ces misères et n'ont l'œil fixé qu'au grand but de la vie , laissent dire et faire ces sagesses affairées. De là l'opinion vulgaire qu'ils sont conduits.
L'immense majorité des esprits est parasite. Combien peu d'intelligences tirent leur aliment de la substance même des choses et pompent librement, pour ainsi parler, les sucs primitifs ! Les autres s'attachent où elles peuvent et comme elles peuvent aux racines, aux tiges, aux rameaux, aux feuilles des premières, pour végéter à leurs dépens. Et, chose humiliante pour l'espèce humaine, inconnue aux règnes inférieurs, il se rencontre encore, en quantité assez considérable, des parasites de parasites.
L'observation a constaté l'existence d'un certain nombre d'animalcules qui naissent après le lever du soleil et meurent avant son déclin. Bien des esprits leur sont semblables, et, prenant les idées à leur milieu, ne soupçonnent jamais ni l'origine, ni la fin des choses.
La mystification est la ressource des petits esprits.
Il y a des esprits spongieux qui prennent toutes les impressions qu'on leur présente.
Ne me parlez pas de ces esprits emmagasinés goutte à goutte dans une citerne : la citerne est large, profonde, remplie jusqu'à la voûte ; mais il faut y puiser à grands renforts de bras, et la disette seule fait apprécier son mérite. Ah ! que j'aime mieux ces esprits de source, toujours renouvelés, frais, limpides, qui suivent leur pente naturelle et réfléchissent dans leurs mille détours tous les accidents du ciel et de la terre ! Ils ont la vie et la portent partout où ils passent.
Les esprits faux sont d'un métal rigide et fragile, on les brise, on ne les redresse pas.
Les esprits faux ont naturellement beaucoup d'idées.
Il est des esprits de la nature des laquais : leur pensée marche toujours derrière la pensée des autres.
II est certains esprits qui, par une sagacité peu commune, trouvent clair tout ce qui est obscur, et trouvent obscur tout ce qui est clair.
Les esprits opaques ont de loin en loin des clartés incommodes.
Les esprits légers déferont demain le mal qu'ils ont fait hier.
Les esprits forts sont comme les gens ivres, qui veulent toujours faire boire ceux qui sont de sens froid.
La nature oublie de saler beaucoup d'esprits, il en est d'autres qu'elle sale trop.
Il est certains esprits dont les sombres pensées sont d'un nuage épais toujours embarrassées.
Les esprits doux et conciliants sont, plus que tous autres, faits pour gouverner le monde.
Les petits esprits n'aiment guère qu'à parler d'eux-mêmes : c'est le sujet qu'ils possèdent le mieux et sur lequel ils trouvent le moins de contradiction.
Les esprits forts sont, en fait de religion, ce que sont les beaux esprits en fait de littérature.
Il y a les esprits obtus et les esprits obturés.
Les esprits perspicaces savent fort bien dégager les nuances des différences.
Les esprits timides et crédules prennent quelquefois pour des apparitions ce qui n'est rien, ou qui n'est qu'un jeu.
Les esprits bien faits, vifs, lucides, avisés, éclairés, sont chose rare.
Les esprits absolus sont des esprits étroits qui ne voient qu'un côté des choses.
Le désordre dans les rues est le moins grave ; le plus grave, c'est le désordre dans les esprits.
La conversation des esprits supérieurs est inintelligible aux esprits médiocres.
Il n'est que trop d'esprits lâches et corrompus qui font plier la loi sous le joug de l'usage.
L'ambition de dominer sur les esprits est une des plus fortes passions.
Les mauvais esprits gâtent la piété, mais l'impiété gâte les meilleurs esprits.
La solitude est l'élément des grands esprits.
Il est de certains esprits comme certaines fleurs qui entêtent.
Les vérités communes sont pour les esprits subtils ce que l'amitié est pour les cœurs qui n'ont jamais senti que l'amour.
Les esprits sont divers, tous vont te juger : sois l'homme de ton cœur, et fais ce que tu dois faire.
Les esprits légers sont comme les alouettes, tout ce qui brille les éblouit.
Les petits esprits ne voient dans les meilleures institutions que leurs abus, et dans les plus mauvaises que leurs avantages. La première de ces dispositions fait les révolutions, la seconde les prolonge.
Le monde des esprits n'est qu'une partie de notre monde intérieur, le moi ne redoute que le moi.
La modestie dont la plupart des beaux esprits se parent paraît en eux une vertu si étrangère qu'elle leur donne presque un ridicule de plus.
Il y a de deux sortes d'esprits, l'un géométrique, et l'autre que l'on peut appeler de finesse.
L'aube éveille les esprits comme les oiseaux.
L'esprit fait de l'homme un homme?