L'amour est la plus douce des drogues dures. Il nous parle de nous-mêmes. Il nous entraîne derrière lui. L'amour force tous les barrages. Il est seul à régner et il nous fait souffrir autant.
Non seulement je n'ai pas l'habitude de livrer ma vie privée au public, mais rien n'est devenu plus ennuyeux que les éternelles histoires d'amour, toujours semblables à elles-mêmes, qui font, depuis trop longtemps, le fond de sauce des livres que nous lisons avec une obstination de plus en plus lassée.
Il y a beaucoup de mots disparus qui mériteraient bien de revivre. Cavalcadour, par exemple : un homme capable de donner beaucoup de plaisir à une femme.
Dans la vie comme en littérature, en peinture, en musique, dans tous les arts, l'ennui est la pire des choses. Il faut le fuir à tout prix. L'ennui est le père de tous les vices.
Les livres, de notre temps, comme les films, donnent à voir avec acharnement. Parfois avec succès, souvent sans beaucoup de talent. L'important, dans notre société de voyeurs et de masochistes, façonnée et incarnée par la télévision, est de se mettre à nu sous la lumière des projecteurs. De se vanter de ses succès et de ses échecs sous prétexte de vérité et de prise de conscience. De se livrer tout entier et de jeter en pâture tout ce qu'il y a de plus secret dans la vie de chacun.
Savoir, ce n'est pas constater les effets, c'est connaître les causes.
Pour comprendre quoi que ce soit mieux vaut toujours commencer par le début.
La confiance ne se décrète pas, elle s'obtient, elle se refuse, elle se conquiert, elle s'effrite.
Ce qu'il y a de mieux pour être bien portante, c'est d'abord d'être heureuse.
La violence n'est pas neuve dans le monde et dans son histoire. Nous en avons connu de plus massives. Mais rarement exploitées avec plus de ruse monstrueuse, rarement diffusées plus largement dans le monde et rarement plus cruelles.
Toute justice sans force est condamnée à devenir la proie de toutes les forces sans justice.
Peu de choses sont aussi cruelles que le mépris de ceux qu'on aime.
La vie est très gaie, la vie est triste, elle est une fête en larmes.
J'ai en horreur la contemplation amère et larmoyante du désastre de l'univers et de l'échec de la vie. Le temps, vous n'avez pas besoin de moi pour le savoir, vient à bout de la vie et il viendra à bout de l'univers.
Si quelque chose a marqué mon enfance, c'est l'amour. Un amour calme, sans tempêtes, sans fureur. Mais un amour fort. L'amour durable des parents entre eux. L'amour exigeant des parents pour leurs enfants. L'amour, mêlé de respect, des enfants pour leurs parents.
Quand les gros maigrissent, dit un proverbe chinois, les maigres meurent.
Je crois de toutes mes forces à la nécessité d'instaurer l'égalité des chances. Mais je ne crois pas du tout à une justice distributive et foncièrement injuste qui imposerait l'égalité des démarches, des talents et des destins. L'uniformité égalitaire ne pourrait sonner que la fin de la liberté. La liberté a besoin de justice, mais elle répugne à l'imposition autoritaire de l'égalité. Elle va de pair, en revanche, avec la prospérité, liée à la concurrence et à l'esprit d'entreprise. Facteur ni de richesse ni de liberté, instrument d'une justice qui peut être la pire des injustices, le socialisme n'est pas nécessairement l'avenir des hommes.
L'amour, qui est la poésie même, suffit à donner un sens à la vie.
Chaque amoureux a dans l'amour le sentiment de posséder le monde entier à travers l'être aimé.
Les hommes ne sont pas égaux, non seulement parce qu'ils n'ont pas tous, grâce à Dieu, les mêmes talents et les mêmes faiblesses, mais parce que leur vie se déroule à des époques et dans des conditions différentes.
Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps.
Les aventures, mieux vaut les vivre que les raconter.
Ce qu'il y a de merveilleux dans le passé, c'est qu'on en sait déjà l'avenir.
L'indépendance, le courage, l'amour de la liberté n'ont pas besoin d'avocats.
La vie, l'histoire, le temps ne sont rien d'autre qu'une machine à fabriquer des souvenirs.
Être résolument moderne est une tentation que j'ai fini par repousser. Pour la bonne raison que le moderne sent déjà le moisi.
L'argent est la forme prise par le mal pour se faire adorer. Qu'on le veuille ou non, l’argent est devenu une espèce de malédiction âprement recherchée.
L'argent est un mal, bien sûr, mais un mal nécessaire, et souvent agréable. Je n'ai pas détesté m'en servir, mais j'ai toujours refusé de le servir.
La fidélité ne prend sa grandeur qu'en se passant de la foi.
C'est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie devient belle.
Le mal naît avec la pensée. Le mal prospère avec l'argent.
L'argent est un serviteur dont l'idée fixe est de devenir le maître, et il faut l'en empêcher.
Il n'y a pas de projet sans souvenirs, il n'y a pas d'avenir sans passé.
Écrire consiste évidemment d'abord à mettre un peu de soi-même dans le spectacle du monde. Personne ne voit jamais les choses qu'avec ses propres yeux.
Vivre est une expérience et une épreuve dont il s'agit, pour chacun, de se tirer le mieux possible : c'est ce qu'on appelle le bonheur, c'est ce qu'on appelle le salut. Il y a naturellement beaucoup de chemins vers le bonheur et le salut – vers le malheur aussi, et vers l'échec.
Toutes les roses ont leurs épines, tous les honneurs ont leurs périls.
Malgré les charmes – pour moi réels – de la paresse et de l'insouciance, mourir sans avoir rien fait me remplissait d'angoisses.
Il est parfois difficile de savoir où se situe le devoir, mais qu'une fois repéré, déniché, déterminé, il n'y a jamais aucune difficulté à le suivre jusqu'au bout, et à l'accomplir sans faiblesse.
Le drame aujourd'hui de l'avenir est qu'il ne ressemble plus à rien de tout ce que nous avait offert le passé. Le voici sans cesse à réinventer à nouveau : quelle chance ! Mais désormais à tâtons et assez souvent dans le désespoir. L'espérance a fini par rejoindre la résignation au royaume des vieilles lunes.
Le monde autour de nous est à la fois violent et moraliste.
Il faut être un enfant pour s'imaginer que la force ne reste pas hélas !