Autrefois (mais j'étais jeune alors, et cet âge candide a la foi du sourire), j'allais, plongeant dans tous les yeux, comme on se mire dans l'eau calme d'un lac dont on connaît les bords. Aujourd'hui, je ne vois que regards faux et tors, les passants me font peur, l'enfant même conspire, et j'ai soin de cacher, redoutant toujours pire, les endroits où je vais, les heures où je sors.
Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve.
Des mariés d'un mois ont autre chose à faire qu'à sauter du lit à la piquée du jour.
L'Amour n'est jamais bien chassé que par l'Amour.
Les questions les plus graves peuvent être effleurées par la poésie sans en être le moins du monde affectées dans leur essence. Il faut, pour les remuer et les ébranler, d'autres forces que l'aile d'une strophe.
Tes yeux ont les langueurs de ces aubes d'automne où le soleil pâlit, dans les brumes noyé.
C'est lâche de souffrir, quand on peut, d'un coup, briser son mors.
Toute nuit porte en elle des promesses d'aurore ; tout siècle en fleur contient le siècle enseveli.
Le livre et la femme ont ce destin bizarre d'être aimés d'autant plus qu'on les estime moins.
On se façonne aux mœurs des gens que l'on fréquente.
La rosée est le lait dont les roses se grisent.
Qui fraye avec les gens sans fierté perd la sienne.
Les vers qu'on fait pour soi, bons ou mauvais, ne courent qu'un risque, c'est de n'être pas lus.
Le tort habituel des mères, c'est de n'abandonner jamais à un époux la tutelle de leur enfant sans se réserver de la reprendre aussitôt en sous-œuvre. L'époux qui subirait sans protestation ce partage d'autorité se déclarerait par là même incapable d'être à lui seul une protection suffisante pour sa femme.
Lorsque deux êtres qui s'aiment s'unissent pour éterniser leur amour, c'est comme un sacerdoce à deux qui s'accomplit, une sorte d'initiation sacrée excluant toute ingérence profane, fût-elle de notre propre famille, fût-elle de nos plus proches parents. Le mariage suppose une foi absolue de part et d'autre ; il faut donc que, pour l'un comme pour l'autre, l'époux soit considéré comme la réalisation la plus parfaite du rêve de l'époux. De là, l'inexorable nécessité de ne laisser pénétrer dans le sanctuaire conjugal aucune influence extérieure capable d'y introduire la discussion sur la personne ou l'incertitude sur le caractère. C'est pour avoir livré accès à cette influence pernicieuse qu'on voit tant d'unions se relâcher, le doute y remplacer la confiance et le rire malsain de l'ironie y couvrir la voix intime du cœur.
C'est une loi sacrée que celle qui nous prescrit d'honorer nos père et mère ; mais plus auguste encore et plus impérieuse est la loi d'amour, qui nous dit : Tu quitteras ton père et ta mère pour t'attacher à ton époux.
Voulez-vous parvenir à supporter sinon même à aimer une personne qui vous est naturellement antipathique et odieuse ? Rendez-lui quelque grand service. Le contentement qui éclatera en elle, et la reconnaissance qu'elle vous fera voir, la transfigureront à vos yeux.
Dans un ménage bien administré, il ne devrait pas se dépenser un centime dont la femme ne sût au plus juste l'emploi.
Quel est le premier devoir d'une femme ? C'est de partager avec son petit mari une pomme qu'on vient de voler dans le fruitier.
Depuis un mois que je suis marié, deux sentiments d'égale force se disputent en moi : mon amour pour mon épouse, qui va grandissant chaque jour, et mon éloignement pour sa mère, qui deviendrait, si je n'y mets bon ordre, de l'aversion pure. L'existence en commun, avec ses frottements continuels, me devient insupportable.
Tant vaut voisin trop familier, tant vaut la fouine au poulailler.
Ouvre une porte au voisin pour le faire entrer ; ouvres-en deux pour le faire sortir.
Un homme seul, et qui n'a rien à faire, s'occupe volontiers de ce qui se passe chez ses voisins.
Une femme qui s'habitue à voir son homme courber la tête finit par croire qu'elle a épousé des cotillons.
Quand on est honnête fille, il faut avoir soin de sa réputation.
Le malheur ça fait jaser les mauvaises langues.
Une maison où rien ne manque, il n'y a pas un clou à y planter, dit-on.