Nos actions, même nos actions généreuses, ne sont le plus souvent que des spéculations.
Le sourire peut parfois être le signe d'une joie bienveillante, le rire jamais.
Il y a des hommes qui ignorent leur véritable mérite ; il n'y en a pas qui soient exempts de prétentions.
Les plus sensibles désillusions sont celles de l'amour-propre ; les plus cruelles, celles de la conscience.
Trop de raison jette sur les sentiments une disgrâce.
Se venger d'un sot par un mot d'esprit, c'est décocher une flèche à un rhinocéros.
Tel se venge des femmes par le mépris. Qui s'en vengera par le silence ?
Il n'y a ni à comprendre, ni à connaître la femme : il n'y a qu'à la goûter.
Un sourire du cœur se répercute toujours sur les lèvres : rarement un sourire des lèvres se répercute dans le cœur.
L'amour consiste pour l'homme à deviner la femme, pour la femme à comprendre l'homme.
Sauvons les apparences : elles nous sauvent à leur tour.
Il y a deux sortes d'inégalités : les inégalités artificielles et les inégalités naturelles. L'égalité consiste à supprimer les inégalités artificielles au profit des inégalités naturelles.
On invite toutes les fées au baptême de la vie. La seule qu'on n'invite pas et qui se venge, c'est la patience.
Il n'y a pas d'ambition qui n'ait coûté mille fois plus de bonheur qu'elle n'en procure.
Le temps procure la paix à l'âme humaine : mais il prend sa commission, l'usure.
Le cœur est un levier puissant que doit mettre en œuvre la raison.
On ne goûte pas toujours ce qu'on admire, et encore moins ce qu'on aime.
Chacun se fait une morale à son usage personnel pour pouvoir se livrer à ses petites malhonnêtetés.
Se dévouer pour son prochain est d'un noble cœur et d'un petit esprit.
Nous recherchons les hommages non pour ce qu'ils valent, mais pour ce qu'ils nous font valoir.
On rend d'autant mieux hommage à un mort qu'on n'a plus à l'envier.
Il est plus facile de dénigrer que de complimenter.
Dénigrer la vie, c'est lui être ou inférieur, ou supérieur ; l'apprécier, ce n'est jamais que lui être égal.
Bien dire ne veut pas dire bien faire.
Il n'y a aucun mérite à faire le bien, lorsqu'on n'a pas d'intérêt à faire le mal.
On se repent d'une mauvaise action, seulement après qu'elle fût jugée inutile.
L'abîme qui sépare le bien et le mal est aisément comblé par l'intérêt.
Faire le bien n'est pas tout, il faut le bien faire.
On s'aperçoit du mal à son actualité et du bien à sa virtualité.
L'indépendance du cœur est le triomphe de l'égoïsme.
Un lingot d'or à la place du cœur vaut encore mieux qu'un caillou.
L'argent hérité est plus noble que l'argent gagné.
Si tu vis seul, la calomnie s'acharnera sur toi : mais si tu ne vis pas seul, ce sera bien pis.
On prend son plaisir où on le trouve : ordinairement un degré plus bas qu'on ne l'avoue.
Être avide de distractions, c'est avouer qu'on n'en trouve pas en soi-même.
La plupart des hommes ne tiennent à l'honneur que pour en couvrir leur malhonnêteté.
Nos mérites, nos désirs, nos prétentions et jusqu'à nos fautes, nous faisons tout entier dans le piédestal de la statue que nous nous élevons à nous-mêmes.
Le souvenir des plus cruelles souffrances morales ou physiques est moins désagréable que celui de minimes piqûres de l'amour-propre.
Une parole opportune est plus efficace qu'un coup.
La profondeur n'exclut pas l'esprit : elle le rend profond.
Un solitaire a des manies, il n'a pas de passions.
Il n'y a pas de faillites en littérature, il n'y a que des banqueroutes.
L'amour est la plus noble des passions : mais les passions sont les moins nobles des facultés de l'âme.
Il faut savoir se décider, fût-ce pour le mal.
Savoir porter la laideur est un grand art chez une femme ; c'est plus qu'un art, c'est une vertu.
La laideur n'est pas un vice, c'est une tare.
Je t'aime, par tous les saints du paradis, par tous les diables de l'enfer !
Le goût est moins une supériorité de l'esprit qu'une délicatesse de l'âme.
Pour l'âme, comme pour le corps, la chirurgie est plus sûre que la médecine.
L'étendue de l'esprit ne préjuge en rien sa profondeur.
L'imbécillité contemporaine détourne du présent les esprits délicats.
Une idée exprimée simplement s'expose toute nue à l'admiration ou aux outrages.
L'homme est un mystère pour la femme, la femme une énigme pour l'homme.
Pour être très fort en amour deux conditions sont nécessaires : espérer tout et n'ignorer rien.
La poésie et la physiologie sont les deux pôles de l'amour.
La vie n'est ni un mal, ni un bien : c'est une nécessité heureuse ou malheureuse.
Dans la lutte pour la vie, il y a certes plus l'amour de la lutte que l'amour de la vie.
Il est préférable de vivre la vie que de vouloir la comprendre.
La vie est une attente perpétuelle de ce qui peut être.
Ceux qui vivent seuls sont des délicats de l'âme, mais des grossiers du cœur.