Le vieillard est presque plus voisin du ciel que de la terre.
Les conseils qui flattent les passions sont presque toujours les seuls qu'on écoute.
L'homme plein de lui-même a presque toujours le cœur et l'esprit vides.
La vie est un voyage, mais peu de voyageurs en rapportent une utile instruction.
La plus sublime des vertus qui puisse élever notre esprit et notre âme, c'est l'amour de l'humanité.
Un bon mourir vaut mieux qu'un mal vivre.
Une femme doit considérer un mari jaloux comme un malade qu'on n'ose abandonner un seul instant.
Les hommes disent des femmes tout ce qu'il leur plaît, les femmes font des hommes tout ce qu'elles veulent.
Les grandes folies appartiennent au premier amour, et les grandes faiblesses au dernier ; l'un est le complément de la vie, et l'autre en est le reste.
Le vulgaire admire d'abord ce qui l'effraie, et croit voir la justice où il trouve la force.
On règne par le caractère, et non par l'esprit.
Personne n'est tout à fait exempt de vanité, celui qui n'en est pas teint, en est au moins arrosé.
Le talent, disgracié dans les temps de calme, est rappelé dans les jours de péril.
Les vieillards chagrins sont ceux que leur mémoire tourmente, et qui regrettent une vie mal dépensée.
Bien des gens s'accrochent aux riches, comme les ronces aux longs vêtements, qu'elles déchirent.
Le bonheur humain n'est qu'un éclair, il semble ne briller que pour annoncer l'orage.
Sans union, il ne peut exister ni force ni esprit public.
L'amour-propre, toujours maître des hommes, corrompt les forts par l'orgueil et les faibles par la vanité.
Aimer, c'est sentir une double existence, c'est posséder une double vie.
Le malheur nous éclaire, le bonheur nous enivre.
La folie de l'avare est d'immoler le présent à l'avenir.
Il faut tirer des leçons du passé, vivre sans retenue le présent, et anticiper l'avenir modérément.
L'intérêt personnel ne voit les objets qu'à travers un verre ardent, qui les colore, et les grossit.
Tantôt l'homme désire tout ; tantôt il se dégoûte de tout : jamais content, toujours insatisfait.
Une heureuse vieillesse est le fruit d'une sage jeunesse. L'une a préparé à l'autre de nobles voluptés : toutes celles que la décence et la vertu ne condamnent pas lui sont soumises et permises.
Quittez le monde avant que le monde ne vous quitte.
L'histoire allonge notre vie, elle y ajoute les siècles passés.
Une femme qui veut garder son mari, et ou son amant, doit varier sans cesse ses moyens de plaire ; on en est venu au point de ne pouvoir aimer longtemps la même personne, à moins qu'elle n'ait le secret de ne pas se montrer toujours la même, et c'est là un des tristes avantages que la corruption des mœurs donne à l'art sur la nature, et à la coquetterie sur la vertu.
Le temps est un monstre qui fait peur, et qui du poids de ses pas qui nous écrasent, chaque heure qui sonne nous menace de sa terrible faux, dont il est armé.
Une partie de la vie se passe à mal faire, une autre partie à ne rien faire, la presque totalité à faire autre chose que ce qu'on devrait faire.
Le temps est l'étoffe dont notre vie est faite ; c'est le bien dont nous devrions être le plus économes, et c'est pourtant celui que nous dépensons le plus follement, que nous perdons avec le moins de regret, et que nous nous laissons voler le plus facilement.
Le temps est la seule propriété qui soit entièrement à nous, tout le reste est incertain.
Il faut à l'homme, pour être heureux, qu'il marche appuyé sur la prudence, et éclairé par la raison.
Le plus doux spectacle à mes yeux, c'est de voir la modestie unie à la grandeur, la bonté à la puissance.
L'habitude fortifie la vertu comme le vice.
Souvent la passion parle trop haut, et la conscience trop bas, et trop tard.
Il n'y a pas de louanges si grosses dont la vanité ne nous fasse avaler au moins la moitié.
De tous les flatteurs, notre vanité est celui qui nous trompe le plus.
Hélas ! nous avons si peu de jours à passer sur la terre, ne les perdons pas à nous haïr.
Dès qu'on aime, on est bon ; dès qu'on est bon, on veut être aimé, et on l'est.
L'amour-propre le plus fin est toujours dupe de la louange qui n'est qu'une fausse monnaie.
La plus grande habileté d'un homme ne consiste pas à faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis, mais à forcer, par la reconnaissance, ses ennemis à devenir de bons amis.
Plus notre vie a été longue, plus la lassitude est grande, et pour dire vrai, à certaine époque la mort n'est qu'un repos désirable.
Un rideau qui affaiblit notre vue nous annonce, comme l'ombre croissante de la nuit, qu'il est temps de nous endormir.
L'homme fier estime ses semblables, l'orgueilleux les méprise.
La reconnaissance, volupté des cœurs bien nés, est le prix et l'encouragement de la bienveillance.
L'histoire renferme l'expérience du monde et la raison des siècles ; c'est un maître impartial dont nous ne pouvons réfuter les raisonnements, appuyés sur des faits ; il nous montre le passé pour nous annoncer l'avenir : c'est le miroir de la vérité.
L'aveugle jeunesse regarde la vie comme une propriété ; la vieillesse sent bien que c'est un usufruit.
On trouve encore du bonheur à faire des ingrats, mais il n'y a que du malheur à l'être.
La vaillance et la fortune suffisent pour faire des conquêtes ; mais la sagesse et la justice seules peuvent soumettre les peuples conquis.
La reconnaissance est le seul plaisir qui ne soit jamais mêlé de honte ou de regrets.
Le présent excède les malades, l'avenir les effraie.
L'avare se condamne à mourir de faim pour conserver d'inutiles moyens de vivre.
L'éducation devrait être regardée partout comme une partie principale de la législation. Les peuples modernes s'occupent assez de l'instruction, qui ouvre l'esprit, et trop peu de l'éducation, qui forme le caractère. Les anciens y pensaient plus que nous ; aussi chaque peuple avait alors un caractère national qui nous manque. Nous livrons l'esprit à l'école, et le caractère au hasard.
Beaucoup d'hommes d'état forment de vastes plans, et peu savent les exécuter.
La volonté du bienfaiteur touche plus que le bienfait.
L'homme est toujours pauvre en pensant à ce qui est au-dessus de lui, et riche en se comparant à ce qui est au-dessous.
La plus grande et la plus commune des folies des hommes est de vouloir des choses qui se contredisent, de la sensibilité sans douleur, de la lumière sans ombre, un bonheur pur et sans mélange ; nous oublions que l'or même a besoin d'alliage pour nous être de quelque utilité.
L'art de régner consiste surtout dans l'habileté des choix.
On n'est jamais plus assuré de la paix que lorsqu'on est en situation de ne pas craindre la guerre.
Chez le bienfaiteur c'est le cœur qu'on aime, et non la main.
L'ingratitude met à une pénible épreuve les âmes vertueuses, en leur refusant les seuls prix auxquels elles aspirent, la reconnaissance et l'amitié ; et, là où elles espéraient se voir payées d'estime et d'affection, elles ne trouvent qu'oubli ou même injustice ou haine.
Tout ambitieux doit s'accoutumer aux orales de l'océan populaire, les calmer au lieu d'irriter leur furie, et capter une bienveillance qu'on ne peut forcer.
Il y a plus de force à souffrir patiemment les adversités qu'à s'en délivrer par la mort.
Il y a des femmes qui traversent la vie, comme ces souffles des printemps qui vivifient tout sur leur passage.
La nature a soumis la femme à l'homme, mais la nature ne connaît point d'esclaves.
Il faut être en garde sur ses sens, comme sur ses ennemis déclarés.
La bienveillance est le fonds, l'essence, le mérite du bienfait ; le don ou le pardon n'en sont que l'accessoire et le cadre.
Celui qui se respecte lui-même méprise le monde.
La reconnaissance est un des plus beaux fruits de l'amitié, ces deux sentiments s'unissent et se confondent. Ce qui est plus difficile et plus rare, c'est d'exciter la reconnaissance d'un ennemi ; pour remporter cette victoire, il faut se vaincre soi-même, résister aux passions qui poussent à la vengeance et n'écouter que la générosité qui conseille la clémence.
L'ingratitude décourage la générosité, les ingrats sont les ennemis de tous les malheureux.
L'un des premiers devoirs pour celui qui donne est d'oublier ce qu'il a donné, et, pour celui qui a reçu, de s'en souvenir et de le publier.
Les Français ressemblent aux abeilles ; on leur prend leur miel et leur cire, et le moment d'après elles travaillent à en faire d'autres.
La multitude, comme l'enfance, aime à briser ses hochets ; étrangère à la modération, l'excès seul lui plaît ; elle passe tour à tour de l'enthousiasme à la haine, et ses idoles d'aujourd'hui seront demain ses victimes.
L'avare et l'ambitieux sont nécessairement ingrats, car ils ne peuvent jamais recevoir autant qu'ils désirent.
On agrandit tout ce qu'on persécute.
On est malheureux tant qu'on élève trop sa vue et ses désirs : l'esclave est jaloux de l'homme libre ; l'homme libre, du citoyen ; le citoyen, du riche ; le riche, des grands ; les grands, des dieux : Les hommes malheureux voudraient pouvoir être immortels comme eux.