Fraternité : Pas un législateur qui, à l'entendre, ne regarde le dernier des citoyens indigents comme son frère ; mais qu'y a-t-il au bout de ces homélies ? Les infirmiers et les verrous.
L'amour tend au mariage, comme l'eau pure du fleuve au lit pur de la mer.
On vieillit, et c'est une triste chose, surtout lorsqu'on voudrait ne pas vieillir. Il n'y a point de fontaine de Jouvence qui puisse replanter un cheveu tombé. On vieillit ; on vieillit très vite. La plus grande et solide beauté du monde n'est que la décoration d'un jour de fête ; l'air même où elle brille la détruit et l'emporte par lambeaux. Ce charmant visage aura demain une ride ; après-demain il en aura deux ; chaque jour en apporte une et creuse les autres ; et il ne se donne pas dans l'orchestre un coup d'archet qui ne vous chasse du bal et de la vie. L'on engraisse ou l'on maigrit d'une manière folle, l'oeil s'éteint, la voix se casse, la taille fléchit ; la fête enfin est donnée, les étrangers se retirent. Ils se retirent pour jamais, car la fête de la jeunesse est finie pour jamais. Un seul convive demeure, afin de vous aider à ranger la maison. Eh bien, il faut savoir les perdre, tous ces indifférents qui sont venus à votre fête et pour votre fête, mais non pas chez vous et pour vous. Mais comment faire pour ne pas regretter leur inexorable absence, si le convive qui demeure est précisément celui que vous n'avez pas aimé ?
Ces formules de déférence et de respect que le tutoiement supprime sont une bride qu'il est nécessaire en mille occurrences de sentir et qu'il n'est jamais nécessaire d'ôter. C'est un tamis qui laisse aisément passer la poudre d'or et qui arrête le sable et les gravois. Jamais aucune affection n'a perdu en franchise pour être restée dans les bornes du respect.
Ceux qui n'ont rien à donner ne peuvent rien obtenir.
Nous ignorons beaucoup de choses ; mais nous n'ignorons rien tant que la chose que Dieu fait aujourd'hui. Nous l'ignorons même quand il y emploie nos mains. L'histoire n'est pas visible dans le moment qu'elle se fait, ni comme de ceux qui la font. Il y a dans le passé des éléments ignorés qu'on ne peut exclure du présent ; le présent est plein de germes ignorés qu'on ne peut exclure de l'avenir. Dieu sait tout, dispose de tout, dirige tout en maître ; et l'homme reste impuissant devant les suites de son œuvre propre, avec la responsabilité d'avoir voulu le mal ou le mérite d'avoir voulu le bien.
Tout homme qui n'est point à sa place est un danger à lui-même et aux autres.
Les lois, si elles ne viennent du ciel, ne seront jamais aux yeux du plus grand nombre des hommes que la barrière matérielle élevée pour protéger ceux qui mangent contre ceux qui n'ont que le droit de manger.
Avant d'exprimer convenablement même une chimère, même ces vagues sentiments de la jeunesse qui, souvent, n'arrachent à l'homme formé qu'un sourire de compassion, il faut avoir bien travaillé, il faut être maître des plus difficiles et des plus rebelles instruments que l'homme ait à manier ici- bas, la pensée et la langue. On vous a peut-être dit que la nature faisait les écrivains : oui, elle les fait comme les forêts font les navires et comme la pierre fait les édifices. Il faut, à cette matière première qu'on ne saurait suppléer, l'effort et la lenteur du travail et toutes les combinaisons de l'art.
Nous n'avons plus rien à faire avec le monde d'aujourd'hui ; nous ne pouvons pas nous accommoder et entendre avec lui tel qu'il est : il ne veut pas de nous tels que nous sommes. Il faut se soumettre ou rompre.
Une civilisation dans laquelle toute puissance est donnée aux fortunes mal faites verra de terribles aventures. Ces enrichis, qui sont à la fois des maîtres par leur fortune et des bannis par leurs mœurs, veulent être honorés et ne veulent pas prendre la peine d'être honorables. Ils s'attacheront à bouleverser tout et à changer la morale, afin qu'on les respecte en dépit de leurs moeurs.
La conscience est une idée, mais l'estomac est un organe.
Il y a dans la vie de l'humanité, comme dans la vie de l'homme, des phases différentes qui tout à la fois la modifient à l'extérieur et la laissent au fond telle qu'elle est : tentée de différentes passions, c'est le changement ; astreinte aux mêmes besoins, soumise aux mêmes devoirs, c'est la stabilité. Le progrès est le même pour l'humanité et pour l'homme et ne consiste qu'en un seul point, qui est de s'affermir dans le bien ou d'y revenir.
Les plus difficiles et les plus rebelles instruments que l'homme ait à manier ici-bas sont la pensée et la langue.
L'amour est une flamme purifiante qui monte en haut, dévorant tout ce qui l'empêche d'atteindre l'azur.
Ce qui n'est pas vraiment honnête n'est pas vraiment beau.
L'amour est une affection plus forte et plus turbulente dans l'esprit que dans le cœur.
Parlez-moi d'une voix douce, elle me réjouira plus que la musique de tous les violons et de tous les fagotins de Paris.
Dieu, l'âme, le devoir, l'immortalité : telles sont les bases de toute religion.
Les fripons portent tous des costumes.
Bâillonner la vérité, c'est la rendre plus éloquente.
Refuser le combat, c'est s'avouer vaincu.
Un bon avis est plus précieux qu'une pièce d'or.
La raison qui obéit raisonne mieux que la raison qui raisonne.
La pauvreté est la nourrice des grands courages, et la tutrice des grandes vertus.
Il y a dans toutes les maisons de fous un individu qui, de bonne foi, se croit être le soleil.
Les seules causes qui meurent sont les causes pour lesquelles on ne meurt pas.
L'obéissance à la loi dispense de l'obéissance à la force.
Les fleurs sont un grand témoignage des tendresses de Dieu envers nous. La variété des formes et des couleurs nous disent des choses inouïes. Les fleurs sont des sourires du bon Dieu comme les étoiles. Les uns sont tombés sur la terre, les autres sont restés en chemin.
Toute femme est coquette de nature, comme tout homme est naturellement vain et menteur.
La coupe où l'on boit l'épreuve a des bords amers mais, au lieu de la repousser, videz-la courageusement : le miel est au fond, vous n'en garderez qu'un goût suave et parfumé.
La justice n'opprime pas le droit, elle le protège ; elle ne blesse pas la conscience, elle la soulage. Ce sentiment de la justice dans l'âme humaine est un des traits de la ressemblance de Dieu. C'est par là que les sociétés se soutiennent et se sauvent.
L'existence de Dieu implique l'existence d'une loi et d'une règle de vie donnée aux hommes : voilà l'Évangile ; toute loi nécessite des juges et des interprètes : voilà l'Église catholique.
Il faut une croyance à l'homme, comme il lui faut de l'air, et comme il lui faut du pain.
Le monde est la mer, la vérité est le navire ; il faut vivre sur le navire ou périr sous les flots.
La prière, c'est la verge de Moïse qui fait jaillir l'eau du rocher ; c'est le geste souverain de Josué qui arrête le soleil ; c'est le son des trompettes d'Israël qui renverse les murs de Jéricho ! Rien n'est impossible à la prière.
La prière se forme dans un humble cœur, elle monte au ciel, et les orages sont dissipés, ou prennent un autre cours. Par la prière, les plus justes alarmes des fidèles et les plus sages calculs des impies sont trompés.
Le ciel ne se gagne pas seulement parce que l'on prend une guimpe, une robe noire, et parce que l'on fait des vœux. Il est le prix de la douceur, de la patience, de la prière, d'un dévouement absolu aux devoirs que l'on a embrassés, d'un travail continuel sur soi-même.
La solitude est mauvaise à qui n'y vit pas avec Dieu.
La sagesse habite sous les fronts dépouillés.
Il faut laisser les fleurs sur l'arbre si l'on veut avoir les fruits.
L'homme n'est grand qu'à genoux. En s'agenouillant il confesse qu'il connaît, qu'il aime, qu'il adore un Être plus grand, plus beau, plus noble, meilleur que lui et que le monde.
Tout le monde n'a pas la possibilité de faire de grandes choses pour le service de Dieu ; mais la véritable valeur de nos actions ne vient ni de leur éclat, ni même de la difficulté qui se trouve à les faire. Elles sont plus grandes en proportion de ce qu'elles sont animées de plus d'amour de Dieu et d'un désir plus grand d'être agréables à Dieu.
La vie n'est qu'une préparation à l'éternité où l'on pénètre par l'unique porte de la mort. Et comment préparer l'éternité, et l'éternité bienheureuse, la seule où Dieu nous convie ? Par le sacrifice. C'est dans ce but que nous recevons tant de biens, tant de facultés dont l'abondance surpasse les besoins de la nature ; offrir, sacrifier les biens que l'on a reçus, c'est véritablement en faire ce à quoi ils sont destinés. Qui veut donner à Dieu trouve toujours à donner, qui veut garder pour soi, n'a jamais assez et désire toujours.
Heureux ceux qui espèrent dans la mort, et qui, entourés de toute l'estime de ce monde, en paix avec les hommes, en paix avec eux-mêmes, jettent vers le Maître suprême le regard confiant de l'ouvrier qui a fait son travail, et du fils qui rentre à la maison !
La vie est courte ! Eh ! qu'importe ? Quel besoin avez-vous de rester si longtemps sur la terre ? Le ciel est aux bonnes œuvres, et non pas aux longues œuvres. Craignez de vivre mal, mais ne craignez pas de vivre peu.
Les époux n'ont qu'une âme, et chacun d'eux a deux devoirs à remplir qui n'en forment qu'un seul pour eux deux. Plus de plaisirs, plus de peines qu'ils ne doivent mettre en commun. Ils partageront la joie ou le regret des actions bonnes ou mauvaises, ils n'auront pas un chagrin qui ne doive contrister deux cœurs.
Corps soumis aux infirmités, esprit soumis à l'erreur, âme soumise aux tentations.
Affirmer, c'est faire ; nier, n'est jamais que défaire.
Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes.
Les hommes d'aujourd'hui sont façonnés aux doctrines de l'égoïsme et de la cupidité.
À vingt ans, l'expérience n'a pas encore refroidi la chaleur du sang.
Vingt ans, c'est l'âge de la philosophie ; cinquante ans, voilà l'âge des amours.
Vingt ans, c'est l'âge des illusions irréfléchies, des passions fougueuses.
À vingt ans, l'homme imagine l'amour, il ne le connaît pas.
La souffrance est le lot de la vie ; et la vie en a-t-elle un meilleur ? L'homme qui souffre et qui ne se refuse pas obstinément à l'action de Dieu dans son cœur savoure les clartés de ce mystère de miséricorde. La douleur, c'est l'expiation ; l'expiation, c'est le pardon ; le pardon, c'est la force et la lumière. La douleur est le don de Dieu, le désespoir est la faute de l'homme. Relève-toi, Dieu te tend la main.
Obéir à des parents vertueux, c'est imiter leurs vertus.
Le sacrement de mariage est un désinfectant.
Une vérité accommodante est une vérité accommodée, c'est-à-dire déguisée.
Partout la prière est un asile ouvert où l'âme peut se réfugier ; et partout, au-dessus des orages, il y a Dieu qui les gouverne, qui les modère et qui nous voit.
Quoi que l'on puisse faire, c'est toujours un déchirement de partir ; mais ceux qui aiment Dieu ne se séparent point comme les autres ; en dépit de la distance, leurs âmes s'embrassent tous les jours dans le saint rendez-vous de la prière.
Il n'est pas un cœur qui ne cherche quelque guide pour éviter les abîmes.
La vérité tient lieu de tout ; elle élève, purifie et accomplit l'amour.