Les hommes sont nés les uns pour les autres. Il faut donc ou les enseigner ou les souffrir.
Le pouvoir de l'homme est grand, car il peut obéir au devoir, et se résigner au malheur.
Juge-toi digne de ne jamais dire ou faire que ce qui convient à ta nature. Que le blâme ou les discours d'autrui ne t'en imposent pas. Si la chose est honnête à faire ou à dire, crois qu'elle n'est point indigne de toi. Les autres ont leur façon de penser, leurs inclinations ; c'est leur affaire, n'y regarde pas. Va ton droit chemin ; laisse-toi conduire par ta propre nature et par la nature commune. Il n'y a pour l'une et l'autre qu'une seule route.
De ma mère j'ai reçu comme exemples la piété et la générosité ; l'habitude de s'abstenir non pas seulement de faire le mal, mais même d'en concevoir jamais la pensée ; et aussi, la simplicité de vie, si loin du faste ordinaire des gens opulents. Du père qui m'a donné la vie, j'ai reçu la modestie et la virilité, du moins si je m'en rapporte à la réputation qu'il a laissée et au souvenir personnel qui m'en reste.
De ma mère j'ai reçu comme exemples la piété et la générosité ; l'habitude de s'abstenir non pas seulement de faire le mal, mais même d'en concevoir jamais la pensée ; et aussi, la simplicité de vie, si loin du faste ordinaire des gens opulents.
L'homme vain fait dépendre son bonheur de l'action d'un autre, le voluptueux de ses sensations, et le sage des actions qui lui sont propres.
Quand quelqu'un se trompe, redresse-le avec bienveillance, et montre-lui son erreur. Si tu ne peux le redresser, ne t'en prends qu'à toi seul ; ou mieux encore, ne t'en prends même pas à toi.
Plus on est placé haut dans la société, plus on est tenu de donner de bons exemples.
Celui qui en toutes choses suit la raison sait concilier la détente de l'âme avec les résistances nécessaires et l'enjouement avec un air posé. As-tu la raison en partage ? Oui. Pourquoi donc ne t'en sers- tu pas ?
Qui vit en paix avec lui-même vit en paix avec l'univers.
La perfection des mœurs consiste à passer chaque jour comme si ce devait être le dernier, sans trouble, sans lâcheté, et sans dissimulation.
Le premier attribut de la condition humaine est la sociabilité.
Tout être doit agir suivant sa condition. Les êtres qui ne sont pas raisonnables ont été faits pour ceux qui le sont, par la raison que le bas est fait pour le haut. Les êtres raisonnables n'ont pu être faits que les uns pour les autres.
La meilleure manière de se venger c'est de ne pas ressembler à celui qui nous insulte.
Garde-toi d'avoir pour ceux mêmes qui sont inhumains autant d'indifférence que les hommes ordinaires en ont pour d'autres hommes.
La volonté de mon prochain m'est aussi étrangère que son âme et son corps me le sont, car quoique la nature nous ait principalement faits les uns pour les autres, cependant chacun de nos esprits a son domaine à part. S'il en était autrement, un méchant homme aurait pu me rendre méchant comme lui. Pouvoir que Dieu n'a pas voulu lui donner, parce qu'en me rendant méchant, il m'aurait aussi rendu malheureux.
Si un homme se trompe, instruis-le avec amitié. Fais-lui connaître son erreur, et si tu ne peux y réussir, n'accuse que toi, ou même ne t'accuse pas.
La vie d'un homme n'est que d'un instant.
N'agis pas comme si tu avais à vivre des milliers d'années ; la mort s'avance chaque jour ; pendant que tu vis, pendant que tu le peux, rends-toi homme de bien, et profite de la vie.
Songe depuis combien de temps tu remets au lendemain ce que tu peux faire aujourd'hui, et combien d'occasions la Providence t'a fournies dont tu n'as pas su profiter. Il est temps enfin que tu sentes de quel monde tu fais partie, et quel est ce maître de l'univers dont ton âme est une émanation ; sache qu'il n'a laissé à ta disposition qu'un temps limité, et que si tu ne fais pas ce qu'il faut pour le rendre serein, il s'envolera ; un jour tu disparaîtras avec lui, et il ne reviendra plus jamais.
Il faut se hâter de profiter de la vie, non seulement parce que tous les jours on s'approche un peu plus de la mort, mais surtout pour prévenir cet affaissement total de notre intelligence et de notre raison.
Embellis ton âme de simplicité, de pudeur et d'indifférence pour tout ce qui n'est ni vertu, ni vice. Aime tous les hommes. Marche à la suite de Dieu ; car, comme dit un poète, ses lois gouvernent tout.
Si quelque chose te paraît difficile à faire, songe qu'elle n'est pas impossible à l'humanité ; et si un autre peut la faire, songe que tu peux y atteindre aussi.
Comme ceux qui te font obstacle dans le chemin de la droite raison ne peuvent te détourner d'une bonne action, ne cesse pas de les aimer. Mais tiens-toi ferme également sur ces deux principes : L'un, de persévérer dans ta façon de penser et d'agir ; l'autre, d'avoir de la douceur pour ceux même qui veulent te faire obstacle ou qui te sont fâcheux de toute autre manière ; car il n'y aurait pas moins de faiblesse à leur en vouloir du mal qu'à abandonner la bonne action et succomber à la crainte. C'est agir en soldat qui abandonne son poste que de se laisser intimider, ou de haïr celui que la nature a fait notre parent et notre ami.
Quand il s'agit de faire ton devoir qu'importe que tu aies froid ou chaud ? Que tu aies envie de dormir ou non ? Qu'on doive te blâmer ou te louer ? Que tu ailles mourir ou faire toute autre chose ? Mourir est une fonction de la vie, et en cela, comme dans tout le reste, il suffit de bien faire ce qu'on fait dans le moment.
J'ai souvent admiré jusqu'à quel point l'homme s'aime lui-même par-dessus tout, et que cependant il fait moins de cas de sa propre opinion sur ce qu'il vaut que de celle d'autrui. En effet, si quelque dieu ou un maître sage obligeaient un homme à rendre compte sur le champ en public de tout ce qui se passerait dans son cœur ou dans son imagination, il ne résisterait pas un jour entier à cette contrainte. Il est donc vrai que nous sommes plus touchés de l'opinion d'autrui que de la nôtre.
Tu veux être loué d'un homme qui trois fois dans une heure se maudit lui-même ? Tu veux plaire à un homme qui se déplaît ? Hé, comment pourrait-il se plaire, puisqu'il se repent de presque tout ce qu'il fait ?
Quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, il faut absolument que je sois homme de bien ; il en doit être de moi comme de l'or, de l'émeraude et de la pourpre, qui diraient sans cesse : Quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, il faut absolument que je sois une émeraude, il faut que je conserve mon état.
Ne te laisse point entraîner par les multiples tourbillons. Entre les divers mouvements de ton cœur, choisis ce qui est le plus conforme à la justice, et entre tes diverses imaginations, tiens-toi à ce que tu as clairement conçu.
Les hommes sont vains, injustes et inconséquents dans leurs jugements. Dans quelques jours, ceux qui te regardaient comme une bête farouche, te regarderont comme un dieu.
Rappelle-toi, quand tu seras tenté de rester au lit, qu'il est de la structure de ton être et de ta condition d'aller t'acquitter de quelque devoir social, au lieu que le dormir t'est commun avec les bêtes. Tout ce qui convient à la nature de chaque être lui est plus familier, est plus fait pour lui, et même plus agréable.
La nature rend chacun de nous capable de supporter ce qui lui arrive.
Accomplis chacun de tes actes comme si c'était le dernier de ta vie.
Il faut être doux, et cependant inflexible sur les jugements arrêtés après un mûr examen.
Il faut rendre invariablement au mérite personnel tout ce qui lui est dû.
Il faut toujours être prêt à écouter ceux qui viennent donner des avis utiles à la société.
Dusses-tu vivre trois fois mille ans, et même autant de fois dix mille, souviens-toi toujours que personne ne perd d'autre existence que celle qu'il vit et qu'on ne vit pas celle qu'on perd. Le présent est égal pour tous et ce qu'on perd est donc égal aussi et ce qu'on perd apparaît de la sorte infinitésimal. On ne saurait perdre, en effet, ni le passé ni l'avenir, car ce que nous n'avons pas, comment pourrait-on nous le ravir ? Souviens-toi donc toujours de ces deux choses : d'abord, que tout, de toute Eternité, est d'aspect identique et repasse par les mêmes cycles, et qu'il n'importe qu'on assiste au même spectacle pendant cent ou deux cents ans ou toute l'Eternité ; ensuite, que l'homme le plus chargé d'années et celui qui mourra le plus tôt font la même perte, car c'est du moment présent seul qu'on doit être privé, puisque c'est le seul qu'on possède, et qu'on ne peut perdre ce qu'on n'a pas.