La sagesse est la lumière de l'amour, et l'amour est l'aliment de la lumière. Plus l'amour est profond, plus l'amour devient sage ; et plus la sagesse s'élève, plus elle s'approche de l'amour. Aimez et vous deviendrez sage ; devenez sage et vous devrez aimer. On n'aime véritablement qu'en devenant meilleur ; et devenir meilleur c'est devenir plus sage. Il n'y a pas d'être au monde qui n'améliore quelque chose en son âme dès qu'il aime un autre être, alors même qu'il s'agit que d'un amour vulgaire ; et ceux qui ne cessent pas d'aimer ne continuent d'aimer que parce qu'ils ne cessent pas de devenir meilleurs. L'amour alimente la sagesse, et la sagesse alimente l'amour ; et c'est un cercle de clarté au centre duquel ceux qui aiment embrassent ceux qui sont sages.
La raison ouvre la porte à la sagesse, mais la sagesse la plus vivante ne se trouve pas dans la raison. La raison ferme la porte aux destinées mauvaises, mais c'est notre sagesse qui ouvre à l'horizon une autre porte aux destinées propices. La raison se défend, interdit, recule, élimine, détruit ; la sagesse attaque, ordonne, avance, ajoute, augmente et crée. La sagesse est bien plutôt un certain appétit de notre âme qu'un produit de notre raison.
Ayons confiance dans l'amour comme nous avons confiance dans la vie, puisque nous sommes faits pour avoir confiance et que la pensée la plus funeste en toutes choses est celle qui tend à se défier de la réalité.
Au bout de la sagesse du malheureux, il y a l'espoir du bonheur ; au bout de celle de l'homme heureux, il n'y a plus que la sagesse.
Le plus heureux des hommes est celui qui connaît le mieux son bonheur, et celui qui le connaît le mieux est celui qui sait le plus profondément que le bonheur n'est séparé de la détresse que par une idée haute, infatigable, humaine et courageuse.
Il est utile de parler du bonheur aux malheureux pour leur apprendre à le connaître. Les malheureux s'imaginent si volontiers que le bonheur est une chose extraordinaire et presque inaccessible ! Mais si tous ceux qui peuvent se croire heureux disaient bien simplement les motifs de leur satisfaction, on verrait qu'il n'y a jamais, de la tristesse à la joie, que la différence d'une acceptation un peu plus souriante, un peu plus éclairée, à un asservissement hostile et assombri ; d'une interprétation étroite et obstinée à une interprétation harmonieuse et élargie. Ils s'écrieraient alors : N'est-ce donc que cela ?
La misère est une maladie de l'humanité comme la maladie est une misère de l'homme.
L'humanité est faite pour être heureuse comme l'homme est fait pour être bien portant.
Il est bon de croire qu'un peu plus de pensée, un peu plus de courage, un peu plus d'amour, un peu plus de curiosité, un peu plus d'ardeur à vivre suffira quelque jour à nous ouvrir les portes de la joie et de la vérité. On peut espérer qu'un matin tout le monde sera heureux et sage ; et si ce matin ne vient pas, il n'est pas criminel de l'avoir attendu.
On est heureux quand on a dépassé l'inquiétude du bonheur.
La peur de la mort est l'unique source des religions.
Si j'étais Dieu, j'aurais pitié du coeur des hommes.
Nous sommes trop portés à peindre la vie plus triste qu'elle n'est.
Ta joie est tombée sur mes lèvres comme un enfant au seuil de la maison.
Le sommeil annule le temps qui n'existe que dans notre imagination. En vous réveillant dans l'obscurité, vous ne savez pas si vous avez dormi dix secondes ou dix heures. Six cents minutes de votre vie vous ont abandonné et se sont écoulées sans que vous en ayez joui, sans que vous en ayez souffert et vous êtes heureux comme si vous veniez de les dérober au destin, au malheur ou à la mort.
Dis-moi ce que tu entends par destin, et je te dirai ce que tu vaux, ce que tu feras, ce que tu deviendras.
Nul homme n'échappe à son destin.
Le destin est dix fois plus lourd sur la nuque du paresseux, du lâche ou de l'imbécile qui ne sait même pas comment le porter, que sur les épaules de l'homme actif, courageux et intelligent.
Au fond, qu'est-ce qu'une petite vie ? Nous appelons ainsi une vie qui s'ignore, une vie qui s'épuise sur place entre quatre ou cinq personnages, une vie dont les sentiments, les pensées, les passions, les désirs s'attachent à des objets insignifiants. Mais pour celui qui la regarde, par le fait même qu'il la regarde, toute vie devient grande. Une vie n'est ni grande ni petite en elle-même, elle est regardée plus ou moins grandement, voilà tout.
Les pleurs, les souffrances, les blessures ne nous sont salutaires qu'autant qu'ils ne découragent pas notre vie. Ne l'oublions jamais : quelle que soit notre mission sur cette terre, quel que soit le but de nos efforts et de nos espérances, le résultat de nos douleurs et de nos joies, nous sommes avant tout les dépositaires aveugles de la vie. Voilà l'unique chose absolument certaine, voilà le seul point fixe de la morale humaine.
Il faut apprendre à être heureux comme il faut apprendre à mourir.
La propreté de notre âme dont nous sommes si fiers, est aussi délicate que celle de notre corps et réclame des soins incessants.
Ce qui coule dans nos veines, c'est le temps. Ce que compte jour et nuit notre cœur, c'est le temps. Nous ne sommes que du temps qui s'arrête et se coagule dans nos artères à l'instant de notre mort. La mort n'est donc pour nous qu'un arrêt momentané du temps. Dès que nous ne serons plus vivants, il recommencera de couler, en emportant ce qui de nous existera toujours.
Le passé, c'est derrière nous, le temps qu'ont mesuré les pas de notre vie ; le présent c'est l'infiniment petit, et l'avenir l'infiniment grand de ce même temps. La vitesse du passé qui s'éloigne est-elle la même que celle de l'avenir qui s'approche ?
L'avenir est l'envers du passé ; comme le passé, aux yeux de qui aurait cessé d'être homme, serait l'envers de l'avenir.
J'ai connu beaucoup de chiens, je n'en ai pas vu qui eussent mordu leur maître. Je ne dis pas qu'il n'en existe point, mais je n'en ai jamais rencontré. Tout au plus, poussé à bout, se permet-il de rappeler ce maître égaré au respect de l'alliance ancestrale, par un grondement spécial et significatif, auquel on ne se trompe pas et qui arrête les plus téméraires, comme s'il venait des profondeurs d'une histoire qui remonte aux origines de la terre. Mais la crise ou le malentendu passé, tout est oublié ; et la victime, sans rancune, vient demander pardon du mal qu'on lui a fait. Il est cependant une injure que le meilleur chien supporte difficilement, à savoir qu'on lui reprenne un os qu'on vient de lui donner. Aux yeux de la morale, de la justice et de l'honneur canins, c'est le péché qui crie vengeance au ciel, le sacrilège inexpiable. N'avons-nous pas, dans notre morale et dans notre sentiment de l'honneur, d'analogues bizarreries ?
Plus on croit savoir, moins l'on sait, moins l'on est apte à apprendre. Du reste, on a beau faire on n'apprend jamais qu'à mesurer son ignorance.
Les hommes n'ont qu'un bonheur inaliénable et sûr, c'est qu'ils peuvent espérer la mort.
Que serait la vie s'il n'y avait pas la mort ? Qui oserait la vivre ? Car seule la peur, d'ailleurs absurde, de la mort, nous aide à prolonger la vie jusqu'aux déserts de la vieillesse.
Le moment cardinal de la vie est celui où l'on ne cherche plus de raison de vivre.
Au sortir de l'enfance, l'âme prend déjà l'odeur de la mort.
Tout être qui ne possède pas quelque noblesse d'âme n'a pas de vie intérieure. Il aura beau se connaître, peut-être saura-t-il pourquoi il n'est pas bon, mais il n'aura ni cette force, ni ce refuge, ni ce trésor de satisfactions invisibles que possède tout homme qui peut rentrer sans crainte dans son cœur. La vie intérieure n'est faite que d'un certain bonheur de l'âme, et l'âme n'est heureuse que lorsqu'elle peut aimer en elle quelque chose de pur.
Si je ne comprends pas ce que tu dis, je comprendrai ce que tes larmes disent.
Pourquoi mourir au moment où mon corps commençait à s'habituer à mon âme et mon âme à mon corps ?
Le sort de l'homme : Travailler toute sa vie pour gagner de quoi vivre et perdre sa vie pour gagner de quoi ne pas mourir.
Notre amour a passé sur sa vieillesse aveugle comme une pluie d'avril sur un rocher crayeux.
En avançant en âge nous constatons que nos années se précipitent et s'accourcissent. À mesure que notre vitalité diminue, celle du temps augmente. Plus la première s'alentit, plus l'autre s'accélère. Le temps devient impatient et vorace. Tout se passe comme si le temps sidéral, pour un homme de cinquante ans, s'écoulait quatre fois plus vite que pour un enfant de dix ans.
Tout idéal qui ne répond pas à une forte réalité intérieure n'est qu'un mensonge.
Il y a bien de l'orgueil à se dire mécontent ; et la plupart n'accusent la vie et l'amour que parce qu'ils s'imaginent que la vie et l'amour leur doivent quelque chose de plus que ce qu'ils peuvent leur accorder eux-mêmes.
J'ai perdu la confiance où toutes mes pensées entouraient tes pensées, comme une eau transparente entoure une eau plus claire.
Les erreurs judiciaires ne sont généralement réparées qu'après la mort de leurs victimes.
Le temps qui est passé est à nous, il n'est rien dont nous soyons plus assurés que de ce qui a été. L'espérance de l'avenir nous rend ingrats des biens que nous avons reçus, comme si ce que nous attendons de favorable ne devait pas être bientôt mis au rang des choses passées.
Le désespoir peut toujours être transformé en espoir, il suffit d'y mettre le temps. Ce n'est qu'à la fin de notre vie que nous connaîtrons le poids des heures qui se sont accumulées sur nos épaules et que nous porterons jusqu'à notre mort, pour les déposer aux pieds de Dieu.
Une mort sur le champ de bataille est plus belle qu'une mort au fond d'un lit.
L'homme n'est qu'un instant qui retombe dans l'éternel.
La tyrannie d'un homme intelligent n'est jamais redoutable. On peut s'entendre avec lui. Seule est intolérable celle de la brute totale c'est-à-dire celle de la masse que nous subirons tôt ou tard.
On ne devrait jamais dire : Il est mort ou c'est un mort. Disons : C'est un vivant qu'on ne voit plus. C'est plus juste et plus près de la vérité, puisqu'à proprement parler il n'y a pas de morts, mais des vivants qui ont changé de forme.
Un pas que nous faisons à cette heure vers un but incertain a plus d'importance pour nous que les mille lieues que nous avons faites autrefois vers une victoire éclatante mais périmée.
Mieux vaut un présent médiocre mais bien vivant, et qui agit comme s'il était seul au monde, qu'un présent qui se meurt fièrement dans les chaînes d'un merveilleux jadis.
Le jeu est l'aventure sédentaire, abstraite, mesquine, sèche, schématique et sans beauté de ceux qui ne surent point rencontrer ou faire naître les aventures réelles, nécessaires et bienfaisantes de la vie. Le jeu est l'activité fébrile et malsaine de l'oisif. Il est l'effort inutile et désespéré des énervés qui n'ont plus ou n'eurent jamais le courage et la patience de faire l'effort honnête, persévérant, sans à-coups, sans éclat qu'exige toute existence humaine.
Au fond du joueur invétéré, presque professionnel, il y a d'habitude un paresseux, un impuissant, un égoïste sans énergie, avide de jouissances vulgaires et imméritées, un mécontent et un raté.
Unissez-vous, multipliez, il n'est d'autre loi, d'autre but que l'amour.
Ce qui ébranle les faibles est ce qui raffermit les forts.
L'amour ne brise dans un cœur que les objets fragiles, et s'il y brise tout, c'est que tout y était trop fragile.
Le passé est notre identité morte ; l'avenir est notre identité essentielle et vitale.
Le passé est toujours présent.
Aimer, c'est exister devant un être tel qu'on existe devant Dieu.
Les années apprennent peu à peu, à tout homme, que la vérité seule est merveilleuse.
En cherchant Dieu je le crée ; et en le créant, je deviens ce qu'il est.
Qu'importe qui tu es, amour, pourvu que je te trouve !
Ne cultivons pas notre peine, l'éternité s'en chargera.
S'il est incertain que la vérité que vous allez dire soit comprise, taisez-la.
Aimer, c'est arriver si près de Dieu que les anges vous possèdent.
On n'a que le bonheur qu'on peut comprendre.
Ayons confiance dans l'amour comme nous avons confiance dans la vie.