Le plaisir de l'occupation qui se renouvelle tous les jours préserve de l'ennui.
De la force à l'injustice, il n'y a qu'un pas.
La véritable amitié est un sentiment qui attache à la vie, et qui aide à la supporter.
L'instruction est le seul remède à la stupidité.
L'inégalité d'instruction est une des principales sources de la tyrannie.
Les lumières superficielles valent beaucoup mieux que l'ignorance.
Le plus terrible des fléaux politiques est la corruption des tribunaux.
L'opulence est le bonheur même, lorsqu'elle sert à soulager les malheureux.
Qui trouve à redire à tout est d'un mauvais esprit ou d'une mauvaise santé.
On fait des phrases parce qu'on n'a pas d'idées.
L'égalité est le premier élément de la félicité, de la paix et des vertus.
L'instruction doit être la même pour les femmes et pour les hommes.
L'instruction publique n'a pas droit de faire enseigner des opinions comme des vérités.
Ce n'est point ce que l'on a appris qui est utile, mais ce que l'on a retenu.
L'homme n'a pas besoin d'être trompé pour porter la vertu jusqu'à l'héroïsme.
Toute négligence peut être fatale à une petite fortune.
Les gens médiocres cherchent à se faire valoir par une sévérité inexorable.
Une âme noble rend justice même à ceux qui la lui refusent.
Sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est toujours esclave.
L'imagination des sots n'atteint pas à l'esprit, celle des sages n'atteint pas au génie.
Les hommes sans passions, sans vertus et sans vices, n'ont qu'un seul sentiment : la vanité mal déguisée.
Le plaisir et la douleur sont les deux extrêmes de la sensibilité : son moyen terme est le calme vivant ; sa nullité, la mort.
Réduire un homme à l'esclavage, l'acheter, le vendre, le retenir dans la servitude, ce sont de véritables crimes, et des crimes pires que le vol.
La liberté naturelle consiste dans le droit de faire tout ce qui ne nuit pas au droit d'autrui.
L'amitié ne s'aveugle pas sur les défauts, elle les voit, mais elle les juge avec indulgence.
La faiblesse est un défaut que nous a donné la nature, que nous ne pouvons détruire, contre lequel nous avons sans cesse à nous défendre, et dont aucun homme de bonne foi, et capable de quelque courage, ne se vantera jamais d'avoir toujours triomphé.
La vie humaine n'est point une lutte où des rivaux se disputent des prix ; c'est un voyage que des frères font en commun, et où chacun employant ses forces pour le bien de tous, en est récompensé par les douceurs d'une bienveillance réciproque, par la jouissance attachée au sentiment d'avoir mérité la reconnaissance ou l'estime. Une émulation qui aurait pour principe le désir d'être aimé, ou celui d'être considéré pour des qualités absolues, et non pour sa supériorité sur autrui.
Il n'y a de peuples vraiment paresseux dans les nations civilisées que ceux qui sont gouvernés de manière qu'il n'y aurait rien à gagner pour eux en travaillant davantage.
Toute l'ambition des enfants est de devenir des hommes. Ils ne voient dans les hommes que la supériorité de leurs forces ; et ils ne peuvent savoir combien les préjugés et les passions rendent si souvent les hommes plus faibles et plus malheureux que des enfants.
La basse calomnie cherche toujours des crimes à ceux qui sont opprimés.
Il faut douter même de la nécessité de douter de tout.
L'ingratitude, fille de l'intérêt et de la vanité, est le vice des petites âmes.
Choisis un travail qui dédommage de ce qu'il coûte par le plaisir qu'il procure.
L'indulgence porte à plaindre les hommes plutôt qu'à les condamner.
Le bonheur est dans la jouissance du plaisir et dans l'absence de la douleur.
Si tu veux que la société répande sur ton âme plus de plaisirs ou de consolations que de chagrins ou d'amertumes, sois indulgente, et préserve-toi de la personnalité comme d'un poison qui en corrompt toutes les douceurs.
Ne te borne pas à ces sentiments profonds qui pourront t'attacher qu'à un petit nombre d'individus ; laisse germer dans ton cœur de douces affections pour les personnes que les événements, les habitudes de la vie, tes goûts, tes occupations, rapprocheront de toi.
L'habitude du travail sert à nous faire envisager d'un œil plus ferme les revers de fortune.
L'insensibilité de l'égoïsme prend souvent le nom de philosophie.
Ne prends point l'habitude de la dissimulation, aie plutôt le courage d'avouer tes torts. Le sentiments de ce courage te soutiendra au milieu de tes regrets ou de tes remords. Tu n'y ajouteras point le sentiment si pénible de ta propre faiblesse et l'humiliation qui poursuit le mensonge.
Nos sages et doctes aïeux ont brûlé religieusement des gens dont le crime était d'avoir eu des illusions, et de le dire.
On cache sous l'apparence de l'amour naturel et légitime de la liberté, l'humeur secrète de n'avoir pas d'empire sur les autres.
L'habitude de vouloir être le premier partout est un ridicule ou un malheur pour celui à qui on la fait contracter, et une véritable calamité pour ceux que le sort condamne à vivre auprès de lui.
Il n'est point de société possible et durable sans justice.
Avant de juger un autre avec sévérité, avant de t'irriter contre ses défauts, de te révolter contre ce qu'il vient de dire ou de faire, ne crains point de faire un retour sur tes propres fautes ; interroge ta raison ; écoute surtout la bonté naturelle que tu trouveras au fond de ton cœur.
N'exige jamais de autres qu'un peu au-dessous de ce que tu ferais pour eux.
Les mauvaises actions sont moins fatales par elles-mêmes au bonheur et à la vertu que par les vices dont elles font contracter l'habitude aux âmes faibles et corrompues. Les remords, dans une âme forte, franche et sensible, inspirent les bonnes actions, les habitudes vertueuses qui doivent en adoucir l'amertume. Alors ils ne se réveillent qu'entourés des consolations qui en émoussent la pointe, et l'on jouit de son repentir comme de ses vertus.
Jouis de ta vie sans la comparer à celle d'autrui, sans examiner si les autres sont plus heureux que toi.
Un des plus sûrs moyens de bonheur est d'avoir su conserver l'estime de soi-même, de pouvoir regarder sa vie entière sans honte et sans remords, sans y avoir une action vile, ni un tort ou un mal fait à autrui, et qu'on n'ait pas réparé. Rappelle-toi les impressions pénibles que des torts légers, que de petites fautes t'ont fait éprouver, et juge par là des sentiments douloureux qui suivent des torts plus graves, des fautes vraiment honteuses. Conserve soigneusement cette estime précieuse sans laquelle tu ne saurais entendre raconter les mauvaises actions sans rougir, les actions vertueuses sans te sentir humiliée.
Crains le faux enthousiasme des passions ; celui-là ne dédommage jamais ni de leurs dangers, ni de leurs malheurs. On peut n'être pas maître de ne pas écouter son cœur, mais on l'est toujours de ne pas l'exciter ; et c'est le seul conseil utile et praticable que la raison puisse donner à la sensibilité.
Jouis des sentiments des personnes que tu aimeras, mais surtout jouis des tiens. Occupe-toi de leur bonheur, et le tien en sera la récompense. Cette espèce d'oubli de soi-même, dans toutes les affections tendres, en augmente la personnalité, on est trop souvent mécontent des autres. L'âme se dessèche, se flétrit, s'aigrit même. On perd le plaisir d'aimer, celui d'être aimé est corrompu par l'inquiétude, par les douleurs sécrètes, que trop de facilité à se blesser reproduit sans cesse.
N'oublie jamais que celui qui reçoit est par la nature l'égal de celui qui donne ; que tout secours qui entraîne de la dépendance n'est plus un don, mais un marché, et que, s'il humilie, il devient une offense.
Ne te borne pas à donner de l'argent aux plus démunis, sache aussi donner tes soins, ton temps, tes lumières, ces affections consolatrices qui souvent sont plus précieuses que des secours.
L'habitude des actions de bonté, celles des affections tendres, est la source de bonheur la plus pure, la plus inépuisable. Elle produit un sentiment de paix, une sorte de volupté douce qui répand du charme sur toutes les occupations, et même sur la simple existence. Prends de bonne heure l'habitude de la bienfaisance, mais d'une bienfaisance éclairée par la raison, dirigée par la justice.
Rien n'est plus nécessaire à ton bonheur que de t'assurer des moyens dépendants de toi seule pour remplir le vide du temps, écarter l'ennui, calmer les inquiétudes, te distraire d'un sentiment pénible. Ces moyens, l'exercice des arts, le travail de l'esprit, peuvent seuls te les donner, songe de bonne heure à en acquérir l'habitude.
Prends l'habitude du travail, non seulement pour te suffire à toi-même sans un service étranger, mais pour que ce travail puisse pourvoir à tes besoins, et que tu puisses être réduite à la pauvreté, sans l'être à la dépendance.