Se sentir soi-même - se penser soi-même - sensation active. On place l'organe de la sensation, comme l'organe de la pensée, sous son emprise.
Les lèvres sont si importantes pour la sociabilité qu'elles méritent le baiser.
Nous ne manquons pas d'occasion de contempler les hommes hors du monde - et aussi avant et après le monde - des stamina destinées à être des hommes et à ne pas en être. Pour ceux-là - des enfants - pour ceux-ci, des anciens.
Au premier baiser un univers nouveau s'ouvrira devant toi et la vie, de ses mille rayons, pénétrera ton coeur extasié.
Un amour sans jalousie n'est pas un amour personnel, on peut dire que c'est un amour de raison - car ici on n'aime pas, comme personne, mais plutôt comme membre de l'humanité - On aime davantage les rivaux que l'objet.
Le plus grand magicien serait celui qui pourrait si bien s'ensorceler lui-même que ses ensorcellements lui apparaîtraient en même temps comme des apparitions étrangères, douées d'une puissance propre - Ne pourrait-il en aller de même avec nous ?
L'homme en général est un Alcibiade : À force d'amabilité il est partout l'enfant flatteur de la Nature.
Une forte quantité d'opinions est fondée sur le principe que nous ne sommes rien. Les meilleurs ajoutent que nous sommes pourtant susceptibles d'une certaine espèce de valeur absolue - en nous reconnaissant pour rien, et en croyant à l'amour de Dieu.
S'il faut que Dieu nous aime, et que Dieu est tout - il faut aussi que nous ne soyons rien.
L'hypocondrie fraye la voie à la connaissance corporelle de soi-même - à la domination sur soi-même - à l'animation de soi-même.
Un naufrage collectif est une bénédiction nuptiale de l'amitié ou de l'amour.
La véritable innocence se perd aussi peu que la vraie vie. L'innocence habituelle n'existe qu'une seule fois, comme l'homme - et revient aussi rarement que celui-ci. Celui qui aime, comme les dieux, les prémices, ne trouvera jamais de goût à la deuxième innocence, comme il en a trouvé à la première - sans compter que la dernière ressemble davantage à la première.
À celui qui en un certain sens a beaucoup d'intelligence, tout devient unique - Ses passions, sa position, ses événements, ses aspirations, bref, tout ce qui le touche devient absolu - se transforme en destin.
L'économie au sens le plus large du terme comprend également la théorie de l'organisation de la vie. C'est la science pratique en totalité. Tout ce qui est pratique est économique.
Le cœur est la clef du monde et de la vie.
Maint scepticisme n'est autre chose qu'un idéalisme immature. Réaliste est l'idéaliste qui ne sait rien sur lui- même - L'idéalisme fruste - celui de première main est le réalisme.
Seul celui qui n'a pas besoin de la société est un bon compagnon.
Il faut traiter chaque occupation de manière artistique, si l'on veut qu'elle atteigne sûrement, durablement et absolument son but.
Une raison stimulable est une raison faible - tendre. C'est pourquoi les moralistes et ceux qui font des remarques sont si souvent de mauvais praticiens.
La volonté de l'homme est son royaume.
Le caractère le plus parfait serait transparent -/il serait compréhensible par lui-même - apparaissant infiniment facile et naturel, entièrement connu, et donc inaperçu, oublié /et élastique.
Une jeune femme séduisante est une magicienne bien plus réelle qu'on ne croit.
Le sentiment du sentiment est déjà sensation - sensation de la sensation - et ainsi de suite.
Une erreur posée de façon absolue est infiniment difficile à éradiquer.
L'enfance est opposée à l'âge adulte - fleur et fruit - printemps et automne.
La loi est un concept de cause, un mélange de force et de pensées.
Rejeter avec une trop grande violence l'imperfection est signe de faiblesse.
Le prophète est au magicien ce que l'homme de goût est au poète.
La poésie est l'héroïne de la philosophie. La philosophie élève la poésie au rang de principe. Elle nous apprend à connaître la valeur de la poésie. La philosophie est la théorie de la poésie. Elle nous montre ce qu'est la poésie, qu'elle est un et tout.
Dans la plus haute souffrance a parfois lieu une paralysie de la sensibilité.
L'inconnu est le stimulus de la faculté de connaître.
Tout ce qui est involontaire doit être transformé en quelque chose de voulu.
Un mariage est une épigramme politique. Une épigramme n'est qu'une expression poétique et élémentaire - un élément poétique - un poème primitif.
Je veux mourir joyeux comme un jeune poète.
Nos Etats ne sont quasiment que des instituts juridiques - seulement des institutions de défense. Ils ne sont malheureusement pas, ou seulement de façon très insatisfaisante, des instituts d'éducation - des Ecoles - et des sociétés artistiques. Les hommes doivent encore suppléer à ce manque par des coalitions particulières. On devrait même chercher à remplacer les institutions policières défaillantes par des alliances privées.
Se régler sur les choses ou régler les choses en fonction de soi - est tout un.
Un enfant est un amour devenu visible.
Nous ne connaissons quelque chose que dans la mesure où nous pouvons l'exprimer- le ou la faire. Plus nous sommes en mesure de produire et d'exécuter quelque chose de manière parfaite et diverse et mieux nous la connaissons - Nous la connaissons parfaitement quand nous pouvons la susciter partout et la communiquer de toutes les manières possibles - et que nous pouvons produire en chaque organe une expression individuelle de celle-ci.
La mort n'est que l'interruption de l'échange entre l'âme et le monde.
Le langage, au sens propre, est une fonction d'un instrument comme tel. Chaque instrument exprime et imprime l'idée de celui qui le dirige.
Le public est une personne intéressante, multiple et d'une grandeur infinie - une personne mystérieuse d'une valeur infinie - le véritable stimulus pour l'acteur.
Tout objet aimé est le centre d'un paradis.
On peut qualifier la philosophie d'art libre et imaginé. Le philosophe qui transforme dans sa philosophie tous les philosophèmes singuliers en un seul philosophème - et qui peut faire de tous les individus un seul individu, atteint le maximum dans sa philosophie. Il atteint le maximum d'un philosopher, lorsqu'il réunit toutes les philosophies en une seule philosophie. Même chose avec l'artisan et l'artiste.
L'amour est une répétition sans fin.
Le matin, on est jeune, et le soir, on est vieux.
Les femmes sont un adorable mystère - seulement voilé - et non pas scellé.
Une liaison scellée par la mort est une noce qui nous donne une compagne pour la nuit.
Le crépuscule du soir est une heure toujours mélancolique, comme le crépuscule du matin est une heure pleine de joie et d'espérance.
Le beau mystère de la vierge, ce qui la rend même si indiciblement attirante, est le pressentiment de la maternité - l'intuition d'un monde futur qui sommeille en elle et doit se développer à partir d'elle. Elle est l'image la plus frappante de l'avenir.
Les femmes n'ont-elles pas cette ressemblance avec l'infini, qui fait qu'on ne peut pas les mettre au carré, mais seulement les approcher ? Et ne ressemblent-elles pas au Très Haut, étant donné qu'elles nous sont très proches et que pourtant on continue à les chercher ? – Qu'elles sont absolument compréhensibles et pourtant incomprises, absolument indispensables et qu'elles manquent la plupart du temps, et avec les êtres suprêmes n'ont-elles pas en commun de paraître si enfantines, ordinaires, oisives et si joueuses ?
Le fait que les extrêmes dans l'éducation des femmes soient bien plus frappants que les nôtres ne témoignerait-il pas en faveur de leur supériorité ? Le gamin le plus dépravé ne diffère pas plus de l'homme le plus insigne qu'une bonne femme misérable d'une noble femme. De même celui qui trouve que l'on dit beaucoup de bien des hommes et pas assez de bien des femmes.
Avec la femme est né l'amour et avec l'amour la femme, et c'est pourquoi on ne comprend pas l'un sans l'autre. À celui qui veut comprendre la femme sans l'amour et l'amour sans la femme, arrive ce qui arriva aux philosophes qui considéraient la passion sans l'objet, et l'objet sans la passion, et ne voyaient pas les deux choses dans l'action.
L'ivresse des sens est à l'amour ce que le sommeil est à la vie.
Ce que le stimulus est à l'âme, la beauté l'est à l'esprit.
Le soleil est à l'astronomie ce que Dieu est à la métaphysique.
L'art est le compliment de la nature.
Notre vie n'est pas un rêve, mais elle doit en devenir un et en deviendra peut-être un.
Plus longtemps l'homme reste un enfant, plus il vivra vieux.
Où est l'enfance est l'âge d'or.
L'amour n'est rien d'autre que la suprême poésie de la nature.
Le destin, c'est le caractère.
Les lois sont les conséquences nécessaires d'une pensée - ou d'un savoir imparfaits.