Apprendre l'amour, c'est d'abord apprendre à parler d'amour et on ne l'apprend jamais aussi bien que chez les poètes, les romanciers, les philosophes.
Dieu n'est bien connu que quand il est connu comme inconnu.
Dieu est un chemin à parcourir, semé d’embûches et de chausse-trappes.
La vie du croyant est un procès qui se tient tout entier devant le Juge divin. Tout le mal que font les méchants est enregistré et ils ne le savent pas !
J'aime trop la vie pour ne vouloir être qu'heureux !
Le malheur n'est pas seulement le malheur : il est, pire encore, l'échec du bonheur.
Le projet d'être heureux rencontre trois paradoxes. Il porte sur un objet tellement flou qu'il en devient intimidant à force d'imprécision. Il débouche sur l'ennui ou l'apathie dès qu'il se réalise (en ce sens le bonheur idéal serait un bonheur toujours assouvi, toujours renaissant qui éviterait le double piège de la frustration et de la satiété). Enfin il élude la souffrance au point de se retrouver désarmé face à elle dès qu'elle ressurgit.
La bonheur tant attendu fuit à mesure qu'on le poursuit.
Le féminisme, c'est aussi le droit pour les femmes d'embrasser les défauts des hommes et d'en rajouter.
S'il t'arrive quoi que ce soit dans la vie, je suis là pour toi et sois là pour moi.
L'amour des montres est lié à la précision du transit. Lire l'heure, c'est aimer la régularité intestinale.
Le temps n'est pas un jeu, c'est un verdict auquel nul ne peut se soustraire.
Dieu a inventé les montres pour capter le temps et il a inventé le temps pour punir les hommes. Sais-tu la mission que Dieu m'a assigné, à moi ? — Inventer la montre qui effacera le temps et réparera la faute originelle. Tu te rends compte ?
L'adoration sans limites, c'est à ma fille unique que je la réserve.
Une fille a de la chance de n'être pas jolie, les garçons ne lui tourneront pas la tête.
On doit toujours honorer une promesse faite à son père sur son lit de mort.
Ce qu’il y a de terrible avec les angoissés, c'est qu'ils ont toujours raison de l'être.
Qu'est-ce qu'un aéroport ? Une loterie géante de la survie : selon votre destination, vos chances augmentent ou diminuent. Des entreprises, postées aux portes d'embarquement, assurent vos proches en cas de décès, une salle de prière, réservée à toutes les fois, vous garantit un aller simple pour l'au-delà. Dieu est là qui veille au grain. Vous voilà deux fois protégé, en ce bas monde et dans l'autre. Il ne reste plus qu'à monter et à mourir, rassuré.
Si vous manquez un avion, un train, réjouissez-vous : vous avez peut-être échappé à un accident fatal. Mais si vous ratez délibérément un avion ou un train, méfiez-vous : il se pourrait que l'accident que vous désiriez éviter vous rattrape dans le véhicule de diversion que vous emprunterez.
La séduction n'est pas seulement une propédeutique à la courtoisie, elle civilise les désirs en les contraignant à s'avancer masqués.
L'abstraction même du bonheur explique sa séduction et l'angoisse qu'il génère. Non seulement nous nous méfions des paradis préfabriqués mais nous ne sommes jamais sûrs d'être vraiment heureux. Se le demander, c'est déjà ne plus l'être.
Si la pauvreté, selon saint Thomas, c'est de manquer du superflu alors que la misère est manque du nécessaire, nous sommes tous pauvres en société de consommation : nous manquons forcément à tout puisque tout est en excès.
Raffinement suprême du salaud : imputer à sa victime le mal qu'il lui a infligé.
Naître, c'est comparaître.
Si la paix favorise le commerce, le commerce n'a jamais garanti la paix.
L'ennui est un compagnon qu'on ne supporte que dans la solitude.
Quand le marché se met au service de la morale et prétend promouvoir l'entraide et la solidarité, c'est la morale qu'il met à son service parce qu'elle est devenue rentable.
Aucune difficulté n'est en soi insurmontable ; seul est dangereux d'apporter des réponses anciennes à des situations nouvelles.
Les pères brutaux ont un avantage : ils ne vous engourdissent pas avec leur douceur, leur mièvrerie, ne cherchent pas à jouer les grands frères ou les copains. Ils vous réveillent comme une décharge électrique, font de vous un éternel combattant ou un éternel opprimé. Le mien m'a communiqué sa rage : de cela je lui suis reconnaissant. La haine qu'il m'a inculquée m'a aussi sauvé. Je l'ai retournée en boomerang contre lui.
Les livres m'ont sauvé du désespoir, de la bêtise, de la lâcheté, de l'ennui. Les grands textes nous hissent au-dessus de nous-mêmes, nous élargissent aux dimensions d'une république de l'esprit. Entrer en eux, c'est comme aborder la haute mer ou décortiquer un mécanisme d'horlogerie extrêmement sophistiqué.
Écrire a toujours été inséparable pour moi d'un art de vivre : du style avant tout, une esthétique de l'existence, la jouissance des petites choses, l'espérance des grandes.
La nuit, je rêve que mon corps quitte le lit et vole dans l'espace. Je colle au plafond comme si j'étais doté d'un parachute ascensionnel. Je veux rester suspendu dans la stratosphère, voir le monde d'en haut sans en partager les soucis.
Les torgnoles d'un père, les coups de pied importent peu. Ce sont douleurs qui passent. Mais s'humilier devant son bourreau, le prier de vous laisser la vie sauve parce qu'on a lu dans ses yeux un éclair meurtrier, c'est inexcusable. Plus tard, en regardant des films policiers, je regretterai toujours cette tendance des victimes à implorer la clémence des tueurs. Elle attise leur sadisme au lieu de les attendrir. S'il faut mourir, que ce soit dignement.
Je souris à tous, je suis habité par l'Ange du Bien en personne.
Tout fils unique se cherche un frère spirituel avec qui partager ce qu'il ne peut confier à ses parents.
Le trajet est rapide entre l'adulation et la destitution dès lors que l'objet élu ne répond plus à notre attente.
Le seul moyen d'échapper à sa famille, c'est de s'en donner d'autres, de se rattacher spirituellement à de nouvelles traditions.
La monnaie est un révélateur, elle désigne le pingre, le prodigue, l'avare, l'envieux qui se trahissent rien qu'en mettant ou non la main à la poche.
Bien penser, c'est aussi apprendre à bien dépenser, pour soi et pour autrui.
Dieu est un chemin à parcourir semé d'embûches et de chausse-trappes.
Le bonheur est de jadis ou de demain, dans la nostalgie ou l'espérance, jamais d'aujourd'hui.
On ne peut rien bâtir sans passion, on ne peut rien bâtir de durable sur la seule passion.
Le sentiment est une machine à détruire le semblable, parce qu'il fait des élus et des exclus.
Pour établir des ponts entre les hommes, il faut commencer par rétablir des portes qui délimitent les territoires de chacun.
Que devrait être un antiracisme bien compris ? Une sagesse de la cohabitation, une séduction de la diversité quand des individus, de toutes origines, se côtoient dans un même espace. Mais aussi une intelligence du discernement capable de distinguer ce qui relève de la vexation et ce qui ressort de la liberté d'expression.
Tout ce qui distingue les hommes finit par les opposer. Le moindre désaccord ou malaise est retraduit en disqualification raciale : dès qu'une personne se sent agressée, ne serait-ce que d'un regard ou d'une formule, elle peut vous accuser, pointer sur vous un doigt vengeur.
Ne pas vivre en couple, c'est renoncer à sa propre légende, c'est perdre l'unité d'une histoire.
À l'hymne entonné à la coexistence heureuse répond l'image d'une humanité émiettée.
Il n'y a plus de races sinon celle, proliférante, des racistes qui pullulent comme vermine à rééduquer.
Forme perverse de la générosité : Rappeler constamment à l'autre les bontés qu'on a eues envers lui, pour le maintenir en état de débiteur.