Le goût est la raison sentie.
Il est contraire à la dignité et à l'intérêt bien entendu d'un gouvernement de prendre une part directe aux entreprises que l'on annonce devoir être lucratives, quelles que soient les bénéfices qu'elles semblent promettre.
Le luxe déprave les mœurs en créant pour toutes les classes de la société des besoins factices et des sujets de tentation, ce qui ne peut manquer d'accroître le penchant déjà trop naturel à l'homme de s'enrichir par le moyen le plus prompt et le plus commode, c'est-à-dire, en s'emparant par la ruse ou la violence de ce qu'il devrait gagner par le travail ou l'industrie.
Dans un État bien ordonné, le peuple doit retirer plus d'avantages de la noblesse que les nobles eux-mêmes.
Les meilleurs gouvernements sont ceux qui renferment en eux-mêmes des principes de réformation.
Justice, humanité, industrie, voilà les principes fondamentaux des États, c'est par eux qu'ils prospèrent, quelle que soit la nature de leur constitution ; mais dans tous, la crainte est le seul ressort qui puisse maintenir l'ordre et la tranquillité.
Les choses sont si bien arrangées que le plaisir du succès est presque toujours proportionné à la peine qu'il a fallu prendre pour réussir.
Les formes de la société sont comme les vêtements, elles servent à couvrir des défauts et des plaies secrètes qui restent cachées jusqu'à ce que l'intimité vienne à les découvrir, aussi l'homme sage ne les provoque-t-il pas légèrement.
L'amour-propre est le plus souple et le plus ingénieux des protées : il se plie à tout, tire parti de tout, et ne dédaigne rien. Compagnon de l'enfance, il grandit avec l'homme, mais ne vieillit pas comme lui, car il survit à ses passions, et semble hériter de ses goûts. Dans la jeunesse, son thème favori est la grâce, dans l'âge mûr la raison, dans la vieillesse l'expérience. Par lui l'homme médiocre prétend au jugement, l'homme d'esprit au génie, et l'homme supérieur se croit universel. Lorsque les qualités manquent, il cherche à faire prendre le change sur les défauts. L'avarice s'appelle économie, la profusion générosité, la colère vivacité, la brusquerie franchise. Celui qui tirait autrefois vanité de sa force et de sa bonne santé, vous entretient aujourd'hui avec complaisance de sa délicatesse et même de ses souffrances ; il en trouve la cause dans un excès de sensibilité. Enfin, tel qui cachait son âge à quarante ans, l'augmente à quatre-vingt.
Les événements prévus par les bons esprits ne manquent guère d'arriver, mais la fortune se réserve deux secrets : l'époque et les moyens.
Conduisez-vous avec la fortune comme avec les mauvaises payes, ne dédaignez pas les plus faibles acomptes.
Soyez meilleurs vous serez plus heureux. Voilà la plus puissante leçon de morale, car elle est fondée sur l'intérêt.
Il y a plusieurs sortes de jalousie, la plus rare est celle du cœur.
L'amant jure d'aimer toujours, et change bien vite ; l'ami ne jure point, et aime toujours.
Pour le brave, un fusil n'est que le manche d'une baïonnette.
C'est par amour-propre que l'on aime tant les gens modestes.
À tout prendre, le bonheur dépend moins de la fortune que du caractère.
L'amour-propre des sots excuse celui des gens d'esprit, mais ne le justifie pas.
La variété et l'étendue des connaissances, en donnant aux facultés naturelles tout leur développement, ajoutent à la raison plus de prudence, à l'esprit plus de sagacité, au style plus de charmes. Un ignorant, quelque favorisé qu'il soit de la nature, ne sera jamais un grand écrivain. Considérez tout ce que savaient, pour leur temps, Homère et Hérodote.
Le bon style ne consiste pas uniquement, comme quelques personnes sans talent voudraient le faire croire, dans un heureux choix de mots sonores, dans un arrangement de phrases harmonieuses. Les bons écrivains seraient bien moins rares s'il n'était pas indispensable, pour mériter ce nom, d'unir à la correction du langage la propriété de l'expression ; s'il ne fallait pas employer toujours des images nobles et soutenues, éviter les termes bas autant que l'emphase, être clair sans être diffus, et concis sans obscurité. Enfin le bon style satisfait à la fois l'esprit, l'oreille et la raison.
Il ne suffit pas, pour assurer le succès d'un ouvrage, que l'on y trouve des pensées fortes, des sentiments élevés, des raisonnements judicieux ; il faut encore que l'expression soit heureuse, élégante sans affectation, et simple sans bassesse. C'est alors que le style, semblable à cette enveloppe d'un cèdre incorruptible qui préservait les manuscrits précieux des ravages du temps, transmet à la postérité les productions des grands écrivains, et leur conserve un lustre immortel.
Le chant est à la parole ce que la peinture est au dessin.
La justice est dans le cœur, l'honneur dans l'opinion.
La raison n'a pas de prise sur les esprits faux, c'est peine perdue que de chercher à les convaincre.
La raison est le sens du bonheur.
La raison est la base et la garantie de la vertu.
Ne comptez pas sur la justice de celui dont l'esprit manque de justesse.
Donner est un plaisir ; payer est un devoir.
L'indigent valide a droit au travail, et l'infirme aux secours. Voilà le tribut que la civilisation, d'accord avec la morale, impose aux hommes réunis en société : c'est le premier devoir des gouvernements.
Heureux le pays où les beaux esprits ne font que des livres.
Ce n'est qu'en donnant des emplois au mérite qu'on accorde des grâces à la faveur.
La vérité est difficile à connaître parce qu'il y a encore plus de trompés que de trompeurs.
Les conséquences sont la pierre de touche des principes.
Il est encore plus facile de juger de l'esprit d'un homme par ses questions que par ses réponses.
Lorsque vous écoutez, regardez si vous devez croire.
Puisque les hommes sont pour la plupart injustes, et qu'ils sont par tout divisés en deux classes, les puissants et les faibles, tâchons, par tous les moyens que la vertu autorise, de nous placer dans la première, non pour être oppresseurs, mais de peur d'être opprimés.
L'homme passe sa vie à désirer le changement et à soupirer après le repos.
L'oisiveté est aussi fatigante que le repos est doux.
L'oisiveté est la rouille de l'âme.
Le temps est comme l'argent ; n'en perdez pas, vous en aurez assez.
Les conséquences sont les échelons du génie.
Tout est relatif, excepté l'infini.
L'humeur porte sa peine.
Gouverner, c'est choisir.
L'attention est le burin de la mémoire.
Tel court un danger, qui n'oserait l'attendre.
Il ne faut pas trop regarder à travers les bonnes actions.
L'honneur est le fils du courage et de la vanité.
Les mœurs sont si corrompues que le mot même de chasteté est devenu suranné et presque ridicule.
Une bonne police garantit la sûreté publique d'une manière insensible, mais certaine ; c'est ainsi que les paratonnerres préservent de la foudre.