La justice est un droit imprescriptible, sacré, que le dernier des étrangers a le droit de réclamer de nous.
La droiture est la base de la justice commutative : elle réside dans la sincérité en paroles, et la bonne foi en traités.
La calomnie n'est qu'un mensonge, et chacun poursuit un calomniateur. Ce n'est pas qu'on aime la vérité, la sincérité, la probité, c'est qu'on craint d'être à son tour la victime de la calomnie.
La morale de la plupart des hommes est facile en sincérité. On se permet des mensonges officieux ; on ment pour ne pas blesser quelqu'un, pour obliger quelqu'un, pour disculper quelqu'un. On rit des mensonges badins, des historiettes controuvées.
La vaillance, qui proprement caractérise le héros, s'assoupit dans la société. Elle s'éveille sur les théâtres sanglants où le vulgaire a placé l'héroïsme. Il faut la chercher dans les camps, sous les murailles, dans les combats.
L'intrépidité est une suite de la fermeté, mais elle en est indépendante. Éprouvée par les dangers et les privations, elle caractérise plus particulièrement le héros. Distinguons-la de la brutalité qui peut produire les mêmes effets mais qui ne part pas du même principe. Souvent l'intrépide et le furieux ne diffèrent que par la cause qui les anime. L'un sacrifie sa vie à des biens idéals, à des honneurs chimériques, à des riens qui méritent à peine d'être l'objet d'un désir. L'autre, au contraire, connaît le prix de son existence, les charmes du plaisir et les douceurs du repos.
On voudrait réformer le genre humain, et on s'excepte de la réforme.
Les gens vicieux nomment imbécillité la droiture et la bonne foi.
Les douleurs de l'enfantement sont, dit-on, très aiguës. Je me persuade qu'elles sont supportables, par l'exemple de tant de veuves qui se remarient, et par celui des bêtes qui les souffrent patiemment !
Les incommodités de l'enfance, les douleurs de l'enfantement, la perte de ceux qui nous sont chers, les infirmités et la mort, voilà, je crois, tous les maux naturels. Les autres sont ou chimériques, ou les fruits de l'imprudence, du désordre, de la mollesse ou de l'intempérance.
Il n'y a pas plus de vertu à être aussi fort que Samson qu'à être aussi grand que Goliath. La force dont j'entends parler est cette noblesse des sentiments qui élève l'âme, et lui fait braver, quand il le faut, le danger, la douleur et l'adversité.
L'obscurité, la solitude dispensent de la pudeur, et ne dispensent pas de la chasteté. Mettez en général au nombre des actions sur lesquelles il convient d'étendre un voile épais, toutes celles que l'instinct naturel nous fait dérober au grand jour.
Ne confondez pas la pudeur avec la chasteté. La pudeur n'est qu'une vertu de bienséance, uniquement fondée sur l'honnêteté publique, et qui peut quelquefois être moins rigoureuse. La chasteté ne souffre aucune atteinte, et c'est là le caractère de la véritable vertu. La sincérité, par exemple, en est une ; elle est toujours indispensable.
La circonspection dans les actions consiste surtout à respecter l'honnêteté publique, c'est un devoir de rigueur que la société impose à tous ses membres.
La raillerie entre égaux peut être permise. Elle peut devenir un jeu d'esprit innocent, dont les chances variant sans cesse, amusent agréablement, si les forces sont à peu près égales, car il y a de la lâcheté à railler quelqu'un qui n'a pas reçu de la nature le don de la répartie.
Interdire la raillerie, ce serait mettre trop à l'aise les vices et les ridicules. La raillerie modérée est le sel de la conversation ; ce sel est âcre si on le prodigue.
La circonspection dans les paroles prévient la médisance.
La valeur n'est valeur qu'autant qu'elle est utile.
La langue est toujours coupable dès qu'elle est infidèle.
On n'est pas héros avec un cœur bas et rampant.
Vous êtes loin d'être parfait ; supportez donc les imperfections des autres, ou renoncez à leur indulgence. Fussiez-vous sans défauts, vous n'auriez pas le droit d'insulter à ceux qui en ont : ce serait simplement une raison de les plaindre davantage.
La gaieté ne sympathisera jamais avec la mélancolie, ni la vivacité avec la lenteur.
On se pardonne tout, on ne passe rien aux autres.
Les gens vicieux nomment lâcheté le pardon des injures.
Les gens vicieux dans le monde fourmillent.
Les regrets, quelque violents qu'ils soient, vont toujours en faiblissant.
Savoir souffrir est un pas de plus vers la vertu ; se résigner en est un vers la raison.
Les maux de l'enfance s'oublient promptement, et vouloir persuader la patience à un petit être encore dépourvu de raison, serait la chose la plus absurde. D'ailleurs, qu'un enfant soit patient ou non, c'est, je crois, une chose fort indifférente pour l'homme fait.
De tous les maux naturels, il n'en est que deux qui exigent quelque fermeté d'âme, la mort des personnes qui nous sont chères, et la nôtre. Il ne faut, pour combattre les autres, qu'une vertu commune, peut-être n'en faut-il pas du tout.
Quand faut-il se résoudre à souffrir ? C'est lorsque le mal est inévitable, ou qu'il peut en résulter un bien réel. Supporter un mal qu'on ne saurait empêcher, c'est patience ; s'exposer volontairement à souffrir dans l'espoir d'un bien, c'est courage.
L'amour-propre blessé est un ver qui ne périt qu'avec le cœur qu'il ronge.
L'apparence de la vertu est partout ; la chose est rare.
Respectez, recherchez la pudeur dans le sexe, et le sexe s'écartera rarement d'une vertu qui répand sur la volupté même le charme le plus attrayant.
L'exemple est un tableau vivant ; il peint la vertu en action, il communique l'impression qui l'anime, à tous les cœurs qui en sont les témoins, et chacun peut donner des exemples de vertus, s'il veut sincèrement être vertueux.
Il ne suffit pas que la vertu soit dans le cœur, il faut la rendre visible, il faut qu'elle répande sur toutes nos actions un coloris si lumineux, qu'elles ne soient point équivoques, car les hommes ne voient que notre extérieur, et c'est par nos actions qu'ils jugent de nos sentiments, c'est sur le rapport de leurs sens qu'ils nous pèsent et nous apprécient.
Le langage piquant ou dangereux selon le moment, ce langage circonspect, qui n'admet ni une expression sale, ni même indécente, a des bornes que lui ont fixées la bonne compagnie. Ce n'est qu'elle qui sait le parler ; ce n'est que d'elle qu'on peut l'apprendre. Essayons de donner une idée de cette bonne compagnie si utile à connaître. Écartons d'abord les gens grossiers, sans politesse, sans mœurs, sans délicatesse et sans goût ; écartons encore les dévotes et les précieuses, les pédants et les fats, ce qui restera pourra former une société estimable : ce sera une réunion de gens de bien, d'une humeur facile et liante, où la vertu, l'ordre et les bienséances seront toujours respectées. On y fera un fonds commun d'esprit, de gaieté, d'enjouement ; la liberté y sera admise, la licence en sera exclue. On y trouvera quelquefois le plaisir, auquel commandera la sagesse.
L'homme licencieux, mon cher, et qui a l'habitude de la licence, contracte celle de s'exprimer comme il pense, et ce défaut capital n'est devenu que trop commun. Ne croyez pas que je prétende exclure la galanterie de la conversation. Elle a ses expressions mystérieuses, qui embellissent jusqu'à l'idée du plaisir ; elles le couvrent d'une gaze légère qui n'en dérobe pas les charmes, et qui en rend l'aspect supportable : cette langue est celle des hommes élevés ; elle est la seule dont on puisse se servir devant les femmes, et elle serait déplacée ou inutile devant des vierges : il n'est pas dans les convenances de leur parler de ce qu'elles doivent ignorer.
Recommander la discrétion à son confident est inutile s'il est prudent et circonspect ; la recommander à un sot est aussi inutile. Quel fardeau qu'un secret pour un homme sans jugement ! Croyez-moi, mon cher, gardez le vôtre vous-même ; mais s'il vous pèse, si vous le confiez à quelqu'un, ne soyez pas blessé que cet autre ne soit pas plus discret que vous.
Révéler le secret de quelqu'un, c'est disposer d'un bien dont on n'était pas le maître, c'est spolier un dépôt ; et ce crime doit être irrémissible, parce qu'il est irrémédiable.
La raillerie n'est pas toujours un outrage, si l'esprit et la prudence étaient toujours d'accord, la raillerie deviendrait aimable, car jamais un railleur n'est un sot.
La raillerie blesse moins l'équité naturelle et le droit des gens que la médisance, et la raison en est simple ; celui qu'elle attaque est présent, et à portée de se défendre ; mais si elle est moins criminelle que la médisance, elle est peut-être plus offensante : elle attaque l'amour-propre, elle flétrit, elle déconcerte. Elle ajoute au chagrin qu'on éprouve d'être accusé d'un défaut, d'un travers ou d'une faiblesse, le dépit humiliant de n'avoir pas repoussé le trait piquant par un trait plus vif encore.
La médisance décèle la rivalité d'homme à homme, la jalousie de femme à femme, l'orgueil insupportable de prétendre humilier des gens ou médiocres ou faibles à la répartie.
Il est telles pensées, tels désirs, tels sentiments qui sont innocents tant qu'on les renferme en soi, et qui sont indécents et blâmables si on les publie. Vous pouvez, sans que votre conscience en souffre, apprendre les dérèglements d'une femme dont on croit la conduite pure ; vous êtes coupable si vous les divulguez.
La langue n'est que l'interprète de nos pensées, de nos désirs et de nos sentiments.
Savoir maîtriser sa langue est une chose rare, mais nécessaire et bonne.
Les armes les plus puissantes de l'amour sont la modestie, la douceur et l'esprit.
Le temps n'a pas d'ailes pour les cœurs affligés.
La circonspection dans les paroles est fille de la prudence.
Le vulgaire a un regard méprisant, un abord glacé, un ton tranchant, un sourire dédaigneux.
La beauté passe vite ; les passions s'éteignent lentement.
Quelle humeur peut résister au baiser le plus doux ?
Le vulgaire est si persuadé qu'il est de la dignité d'un grand d'être vain et arrogant, que lorsqu'un homme sorti du néant cherche à faire oublier son origine, il croit ne pouvoir mieux faire que de s'annoncer dans le monde par des fatuités.
On n'a point une ambition démesurée sans y joindre une extrême bassesse. Avide de grandeurs, sans savoir ce qui est véritablement grand, l'ambitieux rampe pour s'élever, à la manière des serpents, qui ne s'élancent qu'en foulant la terre de leur ventre.
La prudence est l'art de choisir. On est prudent lorsque de plusieurs objets on sait discerner celui qui mérite la préférence. La prudence a deux emplois ; elle éclaire l'intelligence et règle la volonté. Elle tient l'esprit en garde contre les préjugés et la précipitation.
Il faut toujours préférer l'honnête à l'utile, et mettre un frein à nos désirs.
Rien ne forme la jeunesse comme l'expérience.
L'homme se lasse de tout, même du bonheur.
Quand on craint tout, on n'entreprend rien.
Je ne peux nier que j'aie un amant, puisque tu l'as surpris ; et j'ai eu raison d'en prendre un, puisque tu es nul. Tu vas faire un éclat ? Qu'y gagneras-tu ?
On ne discute pas sur une affaire majeure sans s'échauffer un peu.
Il arrive un âge où on préfère une vie tranquille aux rêves de l'ambition.
Les confidences d'amour sont un besoin pour deux cœurs sensibles. Les soirées d'hiver sont moins longues, quand la conversation est attachante.
Il est des privations que la jeunesse ne supporte pas.
Si l'esprit et la prudence étaient toujours d'accord, la raillerie deviendrait aimable.
Les devoirs de l'hospitalité ne se bornent pas à fournir l'exact nécessaire ; il faut distraire, amuser ceux qu'on a admis dans ses foyers.
Une veuve doit toujours pleurer, au moins pour la forme.
On finit toujours par être le fils de son père, quel qu'il soit, et il faut le prendre tel qu'il est.
La gloire est une belle femme qui ne cède jamais, elle veut qu'on la viole.
Un grand homme quel qu'il soit ne pense pas à tout, et voilà en quoi il ressemble aux sots que la ressemblance dédommage.
Plaisir d'amour, plus vif, se consume et s'altère ; plaisir d'hymen, plus pur, devient durable et doux.
L'exercice de l'hospitalité suppose des mœurs simples et douces.
Le talent de plaire est de tous les talents le plus désiré, le plus agréable, le plus profitable.
Chacun court après la renommée ; il est si doux de faire parler de soi !
Travailler à éclairer son esprit, c'est rendre sa vie utile.
La vengeance, loin d'effacer l'injure, en grave le souvenir par le remords qui la suit.
La modestie est à la beauté ce que le parfum est aux fleurs.
L'avarice est la passion des petites âmes.
C'est par les yeux que commence l'adultère.
Il n'est pas agréable de rougir devant ses valets.
L'amour le plus violent est le moins soupçonneux.
Le plus sûr moyen d'oublier une injure est de la pardonner, quand l'honneur le permet.