Le ressentiment est une passion qu'il est glorieux de déposer au pied d'un autre tribunal que le nôtre ; et s'il appartient à la justice de punir, il n'appartient qu'à l'homme de pardonner.
Intuitive, j'interprète jusqu'au silence des enfants. Je crois ne m'être jamais approchée d'un être sans lui faire du bien. Mes joies sont sans égoïsme, car je ne puis les ressentir qu'à travers qui j'aime. Aimer ainsi, c'est jouer juste pour l'autre, susciter le merveilleux en exigeant de la vie plus qu'elle n'accorde, car elle est une matière brute et ingrate qu'il faut sans cesse travailler, pour qu'elle nous rende mieux que notre paradis perdu.
Jeté dans la misère du monde, l'homme constate que la seule valeur évidente et sûre est le plaisir, si menu soit-il, qu'il peut lui-même ressentir : une gorgée d'eau fraîche, un regard vers le ciel (vers les fenêtres du bon Dieu), une caresse.
Il ne suffit pas d'observer les hommes, il faut les ressentir dans son cœur.
La seconde présente, ce que l'on vit, ce que l'on fait, ce que l'on ressent, a tant d'évidence qu'on ne conçoit pas que le passé ait pu être autre, ou que l'avenir sera différent.
Il y a des délicatesses de cœur que l'on ne peut comprendre chez les autres qu'autant qu'on est capable de les ressentir soi-même.
Il est rare que l'on ne ressente pas une secrète jalousie contre ceux qui réussissent à bien faire ce que l'on a la prétention de bien faire soi-même.
Le bonheur est d'autant plus grand qu'il est moins ressenti.
Rien, dans le monde, n'est comparable aux délices d'un amour partagé. Tout s'écroule devant cette perspective ; la gloire elle-même. Une personne unique peut plus pour notre bonheur que la société entière. Mais, par un phénomène incomparable, pour ressentir l'amour dans toute sa grandeur, il faut que l'âme aille sans cesse plus haut et plus loin que lui.
Le chien a été créé pour que, dans ce monde livré aux vaines disputes, il y eût un être capable de ressentir cet amour divinement bête qui ne juge pas ce qu'il aime.
C'est une erreur de penser que la passion que l'on ressent en créant transparaît réellement dans l'œuvre que l'on crée. L'art est toujours plus abstrait qu'on aimerait le croire. La forme et la couleur nous parlent de la forme et de la couleur, c'est tout.
Quand on aime un homme pour ses qualités morales qu'on peut vanter à haute voix ; quand cet homme a prouvé qu'il a un cœur et quelque chose de noble dedans, alors l'amour qu'on ressent pour lui a une raison, ou plutôt de la raison.
Celui qui est aimé ne redoute pas la souffrance pour son compte, mais pour l'ami qui la ressentira bien plus que lui.
Si nous pouvions nous exprimer aussi bien que nous ressentons les choses, les orateurs seraient moins opiniâtres et les amoureux moins cruels.
Sans nous en apercevoir, nous tenons plus à l'affection que nous ressentons qu'à celle que nous inspirons.
La dernière passion que nous inspirons nous émeut d'une manière toute différente des autres : il y a de l'étonnement et de la reconnaissance dans ce que nous ressentons.
Compatir, c'est rendre sienne l'affliction d'un autre, la ressentir comme il la ressent, porter avec lui son fardeau, plier sous sa croix, être désolé de sa désolation, être en détresse avec lui.
La reconnaissance ne peut pas toujours exprimer tout ce qu'elle ressent, de peur de sembler dire aux gens : Recommencez !
Garde la tête haute, ne courbe pas le dos, sens et ressens chacun de tes gestes, emplis l'espace de ta présence, reste ouvert au surgissement de l'imprévisible, laisse la beauté te rejoindre.
L'amitié perdue ne se renoue jamais sans que le nœud paraisse ou se ressente.
Lorsque la tête est prise, le cœur s'en ressent ; le bonheur décuple.
Certains artistes sont ainsi faits que les passions qu'ils peignent le mieux sont celles qu'ils ressentent le moins et qu'ils voudraient pouvoir ressentir.
L'homme n'est pas fait pour l'indifférence ; il peut sans doute ne ressentir ni haine, ni amour pour les choses qui lui sont complètement étrangères, et vers lesquelles aucune circonstance ne dirige son attention ; mais tout ce qui le touche de près, tout ce qui peut influer sur son sort, ou seulement tout ce qu'il voit exciter un intérêt général devient pour lui l'objet d'un sentiment quelconque.
Le plus grand plaisir qu'un honnête homme puisse ressentir est celui de faire plaisir à ses amis.
Qui est capable de ressentir la passion, c'est qu'il peut l'inspirer.
Entrer en relation avec les autres, c'est déjà accepter d'entrer en relation avec soi, de s'affirmer et surtout de se positionner en exprimant ce que l'on ressent.
L'éloignement, la jalousie, les querelles, le ressentiment n'empêchent pas l'amour, affection reptilienne qui se mord la queue et se nourrit volontiers de son contraire.
Dans tout homme et femme s'éveille un jour le besoin de donner la vie qu'engendre la peur de la mort, le besoin de se ressentir indispensable, puissant auprès d'un faible, aimé sans avoir à solliciter.
L'amour que l'on ressent ne donne aucun droit, celui que l'on inspire aucun devoir.
Il n'y a pas de mots pour désigner ce que l'on ressent quand on est injurié à tue-tête.
L'on ne ressent guère les peines dont on aperçoit la fin.
La générosité ressent autant de plaisir à donner que la nécessité en a à recevoir.
Le ressentiment ne sert de rien dans le malheur.
Ce qu'on ne ressent point, ne s'imagine pas.
Tout le monde se ressent de ses horreurs.
Quand on a la tête malade, le reste du corps s'en ressent.
On n'est pas plus heureux pour avoir plus de pénétration que les autres, puisqu'on se trouve plus exposé par elle à ressentir des peines et des chagrins dans mille choses qui s'offrent à notre imagination et qui blessent sa délicatesse, ou un homme de peu de discernement ne soupçonnerait rien de funeste à sa tranquillité.
Ce que l'esprit voit le cœur le ressent.
Ce n'est pas l'amour qu'on ressent, mais celui qu'on inspire qui fait faire les plus grandes folies.
Tout compte fait, on souffre davantage de la haine qu'on ressent, que de la haine qu'on inspire.
On ne connaît jamais si bien l'amour que lorsqu'on en ressent les peines. Elles ont un caractère distinctif qui empêche qu'on ne les confonde avec toutes les autres afflictions.
L'homme jouit du bonheur qu'il ressent, la femme jouit du bonheur qu'elle procure.
On est quelquefois aussi heureux par l'amour qu'on ressent que par celui qu'on inspire.
Nulle créature humaine ne peut commander l'amour, et nul n'est coupable pour le ressentir ou pour le perdre.