Quand on a tout perdu, on lutte comme un désespéré pour sauver les restes suprêmes.
Toute mon enfance est restée si brûlante dans ma mémoire qu'aujourd'hui encore chaque minute de ces années-là revit en moi avec autant de chaleur et d'émotion que si c'était hier qu'elle eût fait tressaillir mon sang.
Ce douloureux réveil devant ton regard qui me montrait que rien en toi ne me connaissait plus, que le fil d'aucun souvenir ne joignait ta vie à la mienne, ce fut pour moi une première chute dans la réalité, un premier pressentiment de mon destin.
En ce monde le pauvre est toujours la victime, celui qu'on abaisse et foule aux pieds.
Être père est avoir la responsabilité d'une destinée.
Je t'aime comme tu es : ardent et oublieux, généreux et infidèle ; je t'aime ainsi, rien qu'ainsi, comme tu as toujours été et comme tu es encore maintenant.
Quand j'ouvrais les yeux dans l'obscurité et que je te sentais à mon côté, je m'étonnais que les étoiles ne fussent pas au-dessus de ma tête, tellement le ciel me semblait proche.
J'aime mieux passer pour folle que de dévoiler mon secret.
Qu'étais-je pour toi ? Une femme entre cent, une aventure dans une chaîne d'aventures aux maillons innombrables.
Involontairement ton regard distrait se posa sur moi, pour, aussitôt rencontrant l'attention du mien – Ah ! comme le souvenir me fit alors tressaillir ! – devenir ce regard que tu as pour les femmes, ce regard tendre, caressant et en même temps pénétrant jusqu'à la chair, ce regard large et déjà conquérant qui, pour la première fois, fit de l'enfant que j'étais une femme et une amoureuse.
Pendant toute ma destinée j'ai attendu devant ta vie qui m'était fermée.
Ma volonté était bien claire : Je voulais te rencontrer, je te cherchais, je voulais être connue de toi après tant d'années où mon attente était restée plongée dans l'ombre ; je voulais être appréciée de toi, je voulais être aimée de toi.
Te voir une seule fois, te rencontrer une seule fois, c'était mon unique désir ; pouvoir de nouveau embrasser de loin ton visage avec mon regard.
Je me repris à vivre, en me sentant près de toi, mon rêve de toujours.
Mon unique pensée : Me donner à toi, m'abandonner à toi.
L'amour ou même seulement l'idée, par jeu, d'aimer quelqu'un d'autre que toi m'est inconcevable et complètement étrangère ; la tentation à elle seule me paraît un crime.
Le monde entier n'existe pour moi que par rapport à toi.
Chaque mot de toi est pour moi un évangile et une prière.
Je n'ai que toi, toi qui ne m'as jamais connue et que j'ai toujours aimé.
L'unique droit qui reste à un homme est de crever comme il veut.
Ne te fais pas remarquer, dompte-toi !
Il y a des sourires qui ne sont que mensonge, art ou science, mais perfection dans la dissimulation.
Les femmes orgueilleuses et froides en apparence ont toujours exercé leur emprise sur moi.
On ne devient pas enceinte en jouant au golf !
Pour pouvoir aider les autres, il faut avoir soi-même ce sentiment que les autres ont besoin de vous.
La confiance demande la franchise, une franchise sans réserve.
Quand on est jeune, on croit que la mort ne s'abat jamais que sur les autres.
Quand on trouve quelqu'un dans la détresse, on est naturellement tenu de lui rendre service.
Le devoir s'arrête quelque part, là où l'on n'a plus le pouvoir de l'accomplir, précisément là.
C'est une chose si douloureuse de garder tout en soi, précisément peut-être parce que cela étouffe.
Le silence me rend comme malade, et un malade est toujours ridicule pour les autres.
Les énigmes psychologiques ont sur moi une sorte de pouvoir inquiétant ; je brûle dans tout mon être de découvrir le rapport des choses, et des individus singuliers peuvent par leur seule présence déchaîner en moi une passion de savoir qui n'est guère moins vive que le désir passionné de posséder une femme.
Seuls les enfants solitaires peuvent garder pour eux toute leur passion : les autres dispersent leur sentiment dans des bavardages et l'émoussent dans des confidences ; ils ont beaucoup entendu parler de l'amour, ils l'ont retrouvé dans les livres, et ils savent que c'est une loi commune. Ils jouent avec lui comme avec un hochet ; ils en tirent vanité, comme un garçon de sa première cigarette.
Rien n'existait pour moi que dans la mesure où cela se rapportait à toi ; rien dans mon existence n'avait de sens si cela n'avait pas de lien avec toi.
J'ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu'à les juger.
Qu'es-tu pour moi, toi qui jamais ne me reconnais, toi qui passes à côté de moi comme on passe au bord de l'eau, toi qui marches sur moi comme sur une pierre, toi qui toujours vas, qui toujours poursuis ta route et me laisses dans l'attente éternelle ?
Je te connais si bien qu'à peine te connais-tu toi-même pareillement.
Aucun homme ne m'a touchée depuis ces heures où je me suis donnée à toi jusqu'à celles du travail de l'enfantement. Ton contact avait rendu mon corps sacré, à mes yeux : comment aurais-je pu me partager entre toi qui avais été tout pour moi, et d'autres qui pouvaient à peine frôler ma vie ?
Tu es revenu depuis longtemps, et tu ne m'as pas écrit. Je n'ai pas une ligne de toi, maintenant, à ma dernière heure, pas une ligne de toi, toi à qui j'ai donné ma vie. J'ai attendu, attendu comme une désespérée. Mais tu ne m'as pas fait signe, tu ne m'as pas écrit une ligne... pas une ligne...
Je me le rappelle encore, lorsque tu dormais, que j'entendais ta respiration, que je touchais ton corps et que je me sentais si près de toi : dans l'ombre, j'ai pleuré de bonheur.
Tu n'aimes que la légèreté, le jeu, le badinage ; tu redoutes de t'immiscer dans une destinée. Tu veux goûter sans mesure à toutes les joies du monde, mais tu ne veux pas de sacrifice.
Il est d'usage chez les femmes, même quand elles éprouvent le brûlant désir de s'abandonner, de désavouer leur inclination, de simuler un effroi, une indignation, qui demandent tout d'abord à être apaisés par de pressantes prières, des mensonges, des promesses, des serments.
Comment aurais-je pu respirer encore si j'avais eu la certitude que je n'étais rien pour toi, que jamais aucun souvenir de moi ne venait t'effleurer doucement ?
Le visage d'une jeune fille, d'une femme, est forcément pour un homme un objet extrêmement variable ; le plus souvent, il n'est qu'un miroir où se reflète tantôt une passion, tantôt un enfantillage, tantôt une lassitude, et qu'il s'évanouit aussi facilement qu'une image dans une glace, que donc un homme peut perdre plus facilement le visage d'une femme parce que l'âge y modifie les ombres et la lumière, et que des modes nouvelles l'encadrent différemment.