A moins d'un esprit supérieur, les gens qui ont des principes et qui désirent s'y conformer ont toujours la mine un peu bête à la première vue ; ils sont attelés à de gros boulets de canon qu'on ne fait pas tourner en un clin d'oeil.
Il n'est rien qui ne ressemble mieux à une meute de chiens de bouchers comme l'élite de l'opposition hurlante.
J'aime un langage qui a de la force, de la douceur, de la clarté, et partout une vivacité cachée qui se trahit pourtant à la moindre contradiction, comme les étincelles sortent de la machine électrique dès qu'on approche la main.
Quiconque manque d'un sentiment de sécurité pour son lendemain ne peut ni penser, ni faire une œuvre qui dure. De grandes catastrophes dans le passé, et un grand repos devant soi, voilà les époques où les esprits se déploient avec la profondeur et le calme qui fait la beauté.
Il est doux de vivre dans un temps où l'on puisse dire ce qu'on pense avec un degré de clarté et avec ouverture de cœur.
L'amour du genre humain est une des passions qui porte le plus violemment à tordre le cou à ses semblables.
Chacun aujourd'hui ne discerne dans les idées générales que ce qui se rapporte à ses intérêts particuliers.
Cela est si clair que je n'en comprends pas un mot.
Qui sait le tout des choses peut bien se vanter qu'il n'a point la moindre idée des choses.
Les hommes ont reçu la sympathie pour suppléer à la sagesse qu'ils n'ont qu'en petite mesure. Quand ils ne l'ont pas et prennent les airs tristes et graves, ils sont insupportables et mesquins.
Il est des jours froids d'automne qui font rêver au grand été, comme au déclin de l'âge on pense aux jours de la première jeunesse.
Les souvenirs d'enfance prennent, peu à peu, en vieillissant, le caractère de l'idéal.
Diviser son temps pour mieux avancer : un remède et un allègement.
Il ne faut jamais quitter son mari parce que cela fait trop de peine de le revoir.
Être en équilibre en soi, ou prendre son équilibre dans le milieu où l'on vit : deux classes d'hommes.
Les nouvelles idées fausses sont plus puissantes que les vieilles.
Il y a dans l'art d'écrire quelque chose que les jolies femmes ont dans l'art de s'habiller.
La patience ne peut guère aller loin si elle ne chemine en compagnie de l'action.
Tout, au-dehors, dit à l'individu qu'il n'est rien. Tout, au-dedans, lui persuade qu'il est tout.
Celui-là seul aime la nature qui tire des idées morales des spectacles du monde extérieur.
L'homme a encore plus le désir de la beauté qu'il n'en a la connaissance ; de là les caprices de la mode.
Une belle femme, pour séduire et étonner, doit avoir les traits communs et fondamentaux de son sexe. Ce qu'elle a de particulier et de charmant, n'est charmant qu'à la condition d'apparaître sur ce fonds commun de nature féminine.
Il faut une grande force d'esprit pour retrouver le bien dans la morale professée par un sot circonspect ; moins d'esprit expose à le prendre en quelque dédain.
Que chacun respecte les croyances d'autrui ; qu'il n'abuse point de sa force pour détruire ce qu'il ne saurait remplacer, mais que chacun aussi sache discerner et confesser résolument ses doutes, s'il en est requis.
Être sincère, c'est la grande condition de l'être moral.
Il faut faire ce qui est décidé, et ne se reposer que par force.
L'homme doit s'accoutumer à vivre au milieu des problèmes, sans quoi il passera les trois quarts de sa vie à attendre le repos. Il doit avoir en soi le principe de son repos ; et ce repos, au-dessus des soucis et des problèmes, ne se trouve que dans l'action.
L'habitude amène l'ennui de ce qui a duré. La mémoire garde un regret mélancolique de tout ce qui est passé. Avec ces deux dispositions nous ne paraissons pas formés de façon à être heureux.
Il faut l'imagination des autres à ceux qui n'en ont pas. Ceux qui en ont en mettent partout.
Les vieilles idées sont des préjugés, et les nouvelles bien souvent des caprices.
Il y a une prétendue bienveillance dans les jugements sur les uns qui vient de l'hostilité contre les autres.
Ce que pensent et ce que disent et ce que font les gens en succès est pris pour règle, disons même, pour axiome. Mais après leur chute ou leur défaite, l'axiome est comme convaincu d'impuissance, et on recommence à juger.
La nature humaine n'est pas très riche. Lui demander l'harmonie en dehors de la médiocrité est injuste. De là les ridicules des honnêtes gens.
Il y a quelque fantaisie de se faire exorciser, bien que cette cérémonie ne soit plus guère en usage dans l'Église. Aujourd'hui, c'est l'homéopathie qui a remplacé l'exorcisme.
La loi du progrès, seule consolation des êtres qui ne sont pas parfaits.
Dans un pays que la guerre a ravagé, on rencontre des maisons qui n'ont plus d'occupants et dont le toit tombe en débris. Ceux qui ont habité longtemps dans ces demeures ont tous péri. Il n'y a plus personne pour les peupler de souvenirs, et pourtant elles racontaient à ses anciens hôtes toute l'histoire du passé. Nul n'est là pour entendre le doux et triste langage des temps évanouis.
La pensée de la mort nous fait songer à ceux qu'on va quitter, à ceux que l'on ne reverra plus.
Il faut se parler à soi-même. La parole donne aux pensées, outre la précision, l'autorité.
Ne dites rien contre l'affectation du style ; c'est bien souvent un travail nécessaire pour faire sortir sa pensée du marbre où elle est enfermée.
La mesure dans l'expression, c'est l'entente avec les lois impérieuses de la morale et du monde.
Un excellent précepte pour l'art d'écrire : sachez nettement ce dont vous avez besoin, termes et expressions, et vous le trouverez.
L'habitude des plus grandes idées les ternit. La littérature en change l'aspect et leur rend leur éclat.
Les esprits qui ont le plus de couleur et de pensées mêlées à l'imagination sont ceux qui sont les plus paresseux à produire parce que le travail de reproduire cette confusion est difficile. Les esprits secs et froids et nets sont productifs. Ils n'ont que la peine de décalquer un trait fort simple.